Le boulevard Charest et les grands magasins de Saint-Roch (1947)

Vue du boulevard Charest vers l'ouest en 1947. Les bâtiments numérotés sont évoqués dans le texte (Quartier Saint-Roch - Boulevard Charest - La Compagnie Paquet Limitée - Édifices anciens - 1947, BAnQ, Fonds Paquet-Le Syndicat inc, P726,S44,P243).

Vue du boulevard Charest vers l’ouest en 1947. Les bâtiments numérotés sont évoqués dans le texte (Quartier Saint-Roch – Boulevard Charest – La Compagnie Paquet Limitée – Édifices anciens – 1947, BAnQ, Fonds Paquet-Le Syndicat inc, P726,S44,P243).

Vue du boulevard Charest vers l'ouest en 2015 (collection de l'auteur).

Vue du boulevard Charest vers l’ouest en 2015 (collection de l’auteur).

 


 

Le boulevard Charest vers l'est en 1947. Les bâtiments numérotés sont évoqués dans le texte (Quartier Saint-Roch - Boulevard Charest - La Compagnie Paquet Limitée - Édifices anciens . - 1947, BAnQ, Fonds Paquet-Le Syndicat inc, P726,S44,P242).

Le boulevard Charest vers l’est en 1947. Les bâtiments numérotés sont évoqués dans le texte (Quartier Saint-Roch – Boulevard Charest – La Compagnie Paquet Limitée – Édifices anciens . – 1947, BAnQ, Fonds Paquet-Le Syndicat inc, P726,S44,P242).

Vue actuelle du boulevard Charest vers l'est (collection de l'auteur)

Vue actuelle du boulevard Charest vers l’est (collection de l’auteur)

 


Localisation


Deux photographies représentant le boulevard Charest dans le quartier Saint-Roch en 1947 sont à l’honneur. Pourquoi deux? Il aurait été injuste de s’en tenir à une seule puisqu’elles offrent un regard complémentaire sur la configuration de l’artère et du cadre bâti qui la borde. En fait, le boulevard, tel qu’il apparait aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, a une genèse récente. À son emplacement au début du XXe siècle, deux voies partiellement alignées, les rues Charest et des Fossés[1], offrent une capacité circulatoire limitée, réduite de surcroît par l’implantation d’une ligne de tramway. Désireuse d’améliorer la fluidité de la circulation automobile dans un treillis de rues étroites et mue par une vision fonctionnaliste[2] de l’urbanisme, l’administration municipale amorce l’aménagement du boulevard Charest en 1929. Le choix de cet axe repose sur sa fonction de voie d’accès pour les entrepôts des commerces de la rue Saint-Joseph et sur le lien direct qu’il établit avec la rue Saint-Paul et le port de Québec. Le projet, complété en 1933, exige la démolition de bâtiments en bordure des rues Charest (partie nord) et des Fossés (partie sud).

Trame urbaine de Saint-Roch avant l'aménagement du boulevard Charest (The City of Quebec, T.J. Moore & Company, 1930, BAnQ, fonds non identifié, G 3454 Q4 P33 1930C57 CAR)

Plan du quartier Saint-Roch avant l’aménagement du boulevard Charest. Il permet d’apprécier l’alignement imparfait des rues Charest et des Fossés (The City of Quebec, T.J. Moore & Company, 1930, BAnQ, fonds non identifié, G 3454 Q4 P33 1930C57 CAR)

Plan de Saint-Roch réalisé en 1941 et illustrant le fruit des travaux d'élargissement des rues Chares et des Fossés pour former le boulevard (Plan de la cité de Québec, Altheod Tremblay et Édouard Hamel, Cité de Québec, Département des travaux publics, 1941, BAnQ, Collection Centre d’archives de Québec, P1000,S5,P11)

Plan de Saint-Roch réalisé en 1941, soit huit ans après l’inauguration du boulevard Charest. (Plan de la cité de Québec, Altheod Tremblay et Édouard Hamel, Cité de Québec, Département des travaux publics, 1941, BAnQ, Collection Centre d’archives de Québec, P1000,S5,P11)

Vue de la rue Charest vraisemblablement à la fin des années 1920. Photographie tirée du site

Vue de la rue Charest vraisemblablement à la fin des années 1920. On distingue notamment l’imposant édifice de la Dominion Corset Company à gauche. À comparer cette rue au boulevard actuel, on peut comprendre l’expression « large comme une éprouvette » appliquée à la rue des Fossés par Le Soleil en 1928. Photographie tirée du site « Saint-Roch, une histoire populaire », avec l’aimable autorisation de l’auteur.

Il faut toutefois attendre l’après-guerre pour que se matérialisent les promesses de développement. Outre la transformation des façades des grands magasins, dont il sera question un peu plus loin, des bâtiments nouveaux comblent les espaces laissés en friche par l’aménagement du boulevard. Paradoxalement, ces transformations s’effectuent à l’époque où le centre-ville se dépeuple[3] au profit des banlieues. Dans ce contexte, la circulation automobile sur le boulevard, qui est prolongé jusqu’à l’actuelle autoroute Duplessis au début des années 1960, adopte un caractère transitoire[4].

Vue du boulevard Charest vers 1948. On distingue les travaux de construction de l'édifice de la Compagnie Paquet. À noter également la présence du stationnement en épi aux abords du boulevard. Cet espace fera la place à des voies additionnelles en 1956. (Les environs des coins du boulevard Charest et de la rue de l'Église, Neuville Bazin - Vers 1949, BAnQ, Fonds ministère de la Culture et des Communications, E6,S7,SS1,P68511)

Vue du boulevard Charest vers 1948. On distingue les travaux de construction de l’édifice de la Compagnie Paquet. À noter également la présence du stationnement perpendiculaire aux abords du boulevard. Cet espace fera place à des voies additionnelles en 1956. (Les environs des coins du boulevard Charest et de la rue de l’Église, Neuville Bazin – Vers 1949, BAnQ, Fonds ministère de la Culture et des Communications, E6,S7,SS1,P68511)

Vue de l'intersection du boulevard Charest et de la rue Saint-Vallier vers 1965, soit quelques années après le prolongement de l'artère dans le quartier Saint-Sauveur. (Rue - [Vers 1965], anonyme, BAnQ, Fonds L'Action catholique, P428,S3,SS1,D39,P12-3)

Vue de l’intersection du boulevard Charest et de la rue Saint-Vallier vers 1965, soit quelques années après le prolongement de l’artère dans le quartier Saint-Sauveur. (Rue – [Vers 1965], anonyme, BAnQ, Fonds L’Action catholique, P428,S3,SS1,D39,P12-3)

Représentation des immeubles de la Compagnie Paquet en 1912. On distingue les espaces à caractères utiliaire ("Deilivery Dept" et "Power Plant") sur ce qui apparait comme une très étroite rue des Fossés. Tiré de Quebec, Canada, Issued by the Publicity Bureau, Québec, The Commercial Magazine Co. Limited Publishers, 1912, p. 102.

Représentation des immeubles de la Compagnie Paquet en 1912. On distingue, en mortaise, les espaces à caractère utilitaire (« Deilivery Dept » et « Power Plant ») sur la rue des Fossés. Tiré de Quebec, Canada, Issued by the Publicity Bureau, Québec, The Commercial Magazine Co. Limited Publishers, 1912, p. 102, via Nos Racines.

Tel qu’évoqué précédemment, la conversion des étroites rues Charest et des Fossés en un boulevard provoque la reconfiguration du cadre bâti. Antérieurement à cette intervention, la rue des Fossés concentre plusieurs bâtiments à caractère utilitaire (entrepôts, ateliers, bureaux) et complémentaires aux activités commerciales de la rue Saint-Joseph. Sur les deux clichés de 1947, on reconnait les traces de cette époque : entrepôts des compagnies Paquet (nos 1 et 4)[5] et Laliberté (no 5)[6] et bâtiment technique de la Compagnie Paquet (no 3)[7]. L’aménagement du boulevard Charest convainc les commerces à prendre en considération ce nouvel espace. S’ajoutent ainsi une nouvelle façade du magasin Paquet (no 3) en 1933 et une annexe au magasin Kresge (no 2) en 1941. Des changements plus spectaculaires se produisent après la Seconde Guerre mondiale alors que les grands magasins s’approprient vraiment l’artère avec des édifices de grande taille[8]. Le déclin du centre-ville pousse ces commerces à la fermeture ou à la restructuration de leurs activités. À partir des années 1980, plusieurs espaces sont recyclés pour accueillir des logements, des bureaux et d’autres établissements commerciaux.

Vue du boulevard Charest en 1949. Apparaissent sur cette photographie le nouvel édifice de la Compagnie Paquet et le bâtiment de deux étages construit par Laliberté. (View of boulevard Charest, William B. Edwards, 1949, BAC, sans fonds spécifié, MIKAN no 3330323)

Vue du boulevard Charest en 1949, réalisé peu après la construction de l’édifice de la Compagnie Paquet. (View of boulevard Charest, William B. Edwards, 1949, BAC, sans fonds spécifié, MIKAN no 3330323)

Vue actuelle de la façade de l'édifice construit par la Compagnie Paquet. Notons les transformations causées par le recyclage des étages supérieurs en logements. (Collection de l'auteur)

Vue actuelle de la façade de l’édifice construit par la Compagnie Paquet en 1948. Notons les transformations causées par le recyclage des étages supérieurs en logements. (Collection de l’auteur)

[1] Le toponyme existe également sous la forme « Desfossés ».

[2]Il s’agit d’une conception de l’urbanisme selon laquelle, par souci de cohérence et d’efficacité, l’espace doit être découpé en zones vouées à quatre fonctions fondamentales : habiter, se récréer, travailler et circuler. Voir le dossier sur l’urbanisme préparé par Larousse (point 3.1.4.: Urbaniser les villes)

[3] La population passe d’environ 20 000 habitants en 1941 à un peu plus de 10 000 en 1971. Voir Isabelle Nicolle, « La revitalisation du quartier Saint-Roch : analyse statistique et cartographique ». Mémoire de maîtrise, Québec, Université Laval, 2001, p. 9.

[4] Cet aspect est également accru par le remplacement, en 1956, des espaces de stationnement en bordure du boulevard par des voies de circulation.

[5] L’édifice no 1 s’élève à partir de 1919 tandis que le bâtiment no 4 apparait deux ans plus tard.

[6] L’entrepôt est construit en 1901.

[7] Cet immeuble qui abrite la salle des machines date de 1890. Il est exhaussé de deux étages en 1904 pour abriter le rayon des meubles.

[8] Entre 1946 et 1950 apparaissent les édifices suivants : Syndicat de Québec (1946), Paquet (1948), Laliberté (1949) et Pollack (1950). L’édifice Laliberté, bien que limité à deux étages lors de sa construction en 1949, est bâti de manière à supporter des étages additionnels.


Documents consultés

« Charest autoroute ». Répertoire des toponymes de la ville de Québec. Ville de Québec.

GOSSELIN COUILLARD, François. « La rénovation urbaine ». Saint-Roch, une histoire populaire.

MORISSET, Lucie K. Patrimoine du quartier Saint-Roch : La mémoire du paysage : histoire de la forme urbaine. Québec, Ville de Québec, Service de l’urbanisme, Design urbain et patrimoine, [1996], 287 p.

NOPPEN, Luc. Patrimoine du quartier Saint-Roch : Architectures de Saint-Roch. Notes historiques et analytiques. Québec, Ville de Québec, Service de l’urbanisme, Design urbain et patrimoine, [1996], 486 p.

NOPPEN, Luc et Lucie. K. MORISSET. L’architecture de Saint-Roch : guide de promenade. Québec, Ville de Québec/Publications du Québec, 2000, 139 p.

ROBERGE, Nicolas. « Le réseau routier de la capitale imaginé par Gréber & Fiset ». Québec Urbain.

ROBERGE, Nicolas. « Québec avant les boulevards et les autoroutes ». Québec Urbain.


Articles reliés

La rue de la Couronne et le quartier Saint-Roch (vers 1860)

La rue Saint-Joseph (vers 1895)


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