La route Belvédère (1860)

Vue de la route Belvédère près de l'intersection avec le chemin Sainte-Foy en août 1860. (Quartier Montcalm - Avenue Belvédère, W. Notman, Montreal . - août 1860, BAnQ, Collection Centre d'archives de Québec, P1000,S4,D61,P11)

Vue de la route Belvédère près de l’intersection avec le chemin Sainte-Foy en août 1860. (Quartier Montcalm – Avenue Belvédère, W. Notman, Montreal . – août 1860, BAnQ, Collection Centre d’archives de Québec, P1000,S4,D61,P11)

Vue actuelle de l'avenue Belvédère près du chemin Sainte-Foy. (Collection de l'auteur, 2015)

Vue actuelle de l’avenue Belvédère près du chemin Sainte-Foy. (Collection de l’auteur, 2015)


Localisation


Atlas of the city and county of Quebec from actual surveys, based upon the cadastral plans deposited in the office of the Department of Crown Lands, Henry Whitmer Hopkins, 1879, BAnQ, Collection initiale, G1144,Q4G475,H6,1879 CAR

Plan de la route Belvédère, réalisé en 1879 par Henry Whitmer Hopkins. Ce document établit bien le contraste entre les domaines plus étroits de la route Belvédère et ceux plus amples du chemin Sainte-Foy, au nord, et de la Grande Allée, au sud. (Atlas of the city and county of Quebec from actual surveys, based upon the cadastral plans deposited in the office of the Department of Crown Lands, Henry Whitmer Hopkins, 1879, BAnQ, Collection initiale, G1144,Q4G475,H6,1879 CAR)

C’est au photographe montréalais William Notman que l’on doit ce cliché illustrant la route Belvédère près de son intersection avec le chemin Sainte-Foy en août 1860. Si cette œuvre nous invite surtout à contempler l’arc installé en l’honneur du prince de Galles[1], alors de passage à Québec, elle nous donne également un aperçu de l’état de la voie et de l’aménagement de ses abords au milieu du XIXe siècle. Cette observation est enrichie par la consultation du plan d’Henry Whitmer Hopkins de 1879 ci-joint.

Que peut-on y noter?  De part et d’autre de la route Belvédère, tracée par Jean Bourdon[2] en 1640[3] pour relier son fief à la Grande Allée, on distingue une enfilade de domaines de dimensions moindres que ceux du chemin Sainte-Foy. Ne bénéficiant que d’une vue limitée sur les Laurentides, les propriétaires construisent, pour la plupart, des résidences peu élevées et enveloppées par de généreuses galeries. En comparaison avec ces dernières, la villa Ross[4], édifiée vers 1820 et visible à gauche sur la photographie de Notman, témoigne plutôt de l’influence architecturale urbaine.

À la fin du XIXe siècle, la spéculation immobilière gagne la municipalité de Notre-Dame-de-Québec, renommée ville de Montcalm en 1908. Dans un mouvement d’est en ouest, le territoire s’urbanise. Le secteur de la route Belvédère ne fait pas exception. Au début des années 1910, quelques entreprises acquièrent des terrains près du chemin Sainte-Foy et les subdivisent en lots à bâtir[5]. Cependant, des clichés aériens réalisés en 1929 suggèrent un développement immobilier plus lent que celui vécu dans les rues avoisinantes.

Ville de Québec, quartier Montcalm: chemin Saint-Louis, chemin Sainte-Foy, avenue Belvédère, rue Murray, rue Brown, rue Moncton, avenue des Braves ainsi que le monument des Braves et le couvent Mérici . - 1929, Compagnie aérienne franco-canadienne, BAnQ, Fonds Ministère des Terres et Forêts, E21,S110,SS1,SSS1,PK120-15

Vue aérienne du quartier Montcalm en 1929. Les trois voies s’étendant verticalement sont le chemin Sainte-Foy, à gauche, le boulevard Saint-Cyrille, au centre, et le chemin Saint-Louis, à droite. La route Belvédère est identifiée en bas du document. (Ville de Québec, quartier Montcalm: chemin Saint-Louis, chemin Sainte-Foy, avenue Belvédère, rue Murray, rue Brown, rue Moncton, avenue des Braves ainsi que le monument des Braves et le couvent Mérici . – 1929, Compagnie aérienne franco-canadienne, BAnQ, Fonds Ministère des Terres et Forêts, E21,S110,SS1,SSS1,PK120-15)

Ville de Québec: quartier Montcalm parc et monument des Braves; rue Belvédère, avenue des Braves, chemin Sainte-Foy, boulevard Saint-Cyrille, l'hôpital Saint-Sacrement et l'église Bienheureux Martyrs en construction . - 1929, Cie aéri franco-canadienne, BAnQ, Fonds Min des Terres et Forêts, E21,S110,SS1,SSS1,PK120-23

Vue aérienne du quartier Montcalm en 1929. L’orientation est inversée par rapport à l’autre photographie aérienne. On distingue la route Belvédère se prolongeant au nord (vers la droite) pour devenir la côte Franklin. (Ville de Québec: quartier Montcalm parc et monument des Braves; rue Belvédère, avenue des Braves, chemin Sainte-Foy, boulevard Saint-Cyrille, l’hôpital Saint-Sacrement et l’église Bienheureux Martyrs en construction . – 1929, Cie aéri franco-canadienne, BAnQ, Fonds Min des Terres et Forêts, E21,S110,SS1,SSS1,PK120-23)

En fait, le cadre bâti actuel apparait en bonne partie dans les années 1930 et 1940, ce qui inclut celui situé en bordure de la nouvelle côte Franklin (côte de la Pente-Douce[6]), ouverte en 1922 dans le prolongement de la route Belvédère. Voie à vocation résidentielle, l’avenue Belvédère, ainsi renommée en 1936, compte en outre quelques immeubles commerciaux et institutionnels (école des Saint-Martyrs-Canadiens[7], 1931; Quebec High School, 1940). Dans la photographie actuelle des lieux, on remarque également deux édifices gouvernementaux, apparus à l’angle de l’avenue et du chemin Sainte-Foy au début des années 1960[8].

Vue du bas de l'avenue Belvédère en 1949. Ouvert dans les années 1920, il rejoint la côte Franklin. Les bâtiments qui bordent l'avenue sont de construction récente. À l'exception de l'espace commercial que l'on aperçoit au centre de la photographie, ce secteur a peu changé depuis les années 1940. (Belvedere Terrace [restaurant and garage, Quebec, P.Q.], 23 June, 1949, William B. Edwards, BAC, fonds non identifié, MIKAN no 3382788)

Vue du bas de l’avenue Belvédère en 1949. Ouvert dans les années 1920, ce tronçon rejoint la nouvelle côte Franklin. Les bâtiments qui bordent l’avenue sont de construction récente. À l’exception de l’espace commercial que l’on aperçoit au centre de la photographie, ce secteur a peu changé depuis les années 1940. (Belvedere Terrace [restaurant and garage, Quebec, P.Q.], 23 June, 1949, William B. Edwards, BAC, fonds non identifié, MIKAN no 3382788)

Plan de l'avenue Belvédère en 1957. L(Insurance plan of the city of Quebec, volume 1, Underwriters' Survey Bureau, 1957, BAnQ, fonds non identifé, G1144,Q4G475,U5,v.1,1957 CAR)

Plan de 1957 représentant le cadre bâti situé sur la portion de l’avenue Belvédère s’étendant entre le chemin Sainte-Foy et le boulevard Saint-Cyrille. Le caractère urbain de l’avenue ne fait plus aucun doute. (Insurance plan of the city of Quebec, volume 1, Underwriters’ Survey Bureau, 1957, BAnQ, fonds non identifé, G1144,Q4G475,U5,v.1,1957 CAR)

Notes

[1] Il s’agit d’Albert Edward (1841-1910), fils ainé de la reine Victoria de Grande-Bretagne. Il lui succède en 1901 sous le nom d’Édouard VII. Au cours de son voyage de deux mois au Canada, il inaugure notamment le pont Victoria à Montréal et pose la première pierre des édifices du Parlement à Ottawa.

[2] Né à Rouen vers 1601, Bourdon arrive en Nouvelle-France en 1634 à titre d’ingénieur du gouverneur. Il est connu pour ses travaux d’arpentage à Québec. On lui doit notamment l’ouverture du chemin Saint-Jean, voie qui deviendra la rue Saint-Jean et le chemin Sainte-Foy. Voir Jean Hamelin, « BOURDON, JEAN (appelé parfois M. de Saint-Jean ou sieur de Saint-François) », Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1, Université Laval/University of Toronto, 2003–, consulté le 16 déc. 2015, http://www.biographi.ca/fr/bio/bourdon_jean_1F.html.

[3] Nommée route Bourdon initialement, la route Belvédère devient éventuellement impraticable. Elle est rouverte vers 1842. Le toponyme « belvédère » serait apparu assez tôt pour souligner la beauté du site de l’habitation de Bourdon.

[4] Il s’agit d’une demeure intégrée à un vaste domaine familial sur lequel on compte au moins deux demeures en 1860. On les aperçoit toutes deux dans la photographie de Notman, bien que la seconde ne soit visible que partiellement, à droite. Sur le plan d’Hopkins de 1879, trois bâtiments d’importance sont visibles sur la propriété.

[5] La Compagnie d’immeubles Belvédère acquiert des terrains à l’est de la route Belvédère en 1910 tandis que le duo Tourigny et Marois fait de même à l’ouest de la voie en 1914. La spéculation immobilière pourrait s’expliquer en partie par la proposition initiale de l’architecte paysagiste Frederick Gage Todd de transformer la route Belvédère en un boulevard reliant le parc des Champs-de-bataille au parc des Braves. On sait que le choix se portera finalement sur la création d’une nouvelle voie, l’avenue des Braves.

[6] Le toponyme, officiellement adopté en 1992, a une origine populaire, confortée par la publication en 1944 du roman Au pied de la Pente douce de Roger Lemelin.

[7] Acquis par un promoteur privé en 2001, le site de l’ancienne école a fait l’objet d’un développement immobilier (la Cour des Braves) en bordure de l’avenue Belvédère en 2009.Une seconde phase incluant la reconversion du bâtiment scolaire est à l’état de projet. Voir Marc-Antoine Viel, Reconversion de l’ancienne école des Saints-Martyrs-Canadiens, Québec, Conseil de quartier de Montcalm, 2015, p. 4. (Fichier à télécharger)

[8] Le bâtiment de gauche, qu’on entrevoit sur la photographie apparait vers 1963. Il regroupe initialement des bureaux du ministère des Transports et des Communications ainsi que du ministère de la Santé. De l’autre côté de l’avenue Belvédère se trouve l’édifice Bois-Fontaine, un immeuble privé. Le gouvernement du Québec y loue des bureaux depuis son ouverture vers 1965.

Photographie non datée illustrant l'école des Saint-Martyrs-Canadiens. Si la façade borde la rue Père-Marquette, le bâtiment s'étend quelque peu le long de l'avenue Belvédère ( Source: Archives Congrégation de Notre-Dame – Montréal. Photographie reproduite avec l'aimable autorisation du Service des archives de la congrégation)

Photographie non datée illustrant l’école des Saints-Martyrs-Canadiens. Si la façade borde la rue Père-Marquette, le bâtiment s’étend quelque peu le long de l’avenue Belvédère. ( Source: Archives Congrégation de Notre-Dame – Montréal. Photographie reproduite avec l’aimable autorisation du Service des archives de la congrégation)

Documents consultés

« Belvédère ». Répertoire des toponymes de la ville de Québec. Ville de Québec

« Pente-Douce ». Répertoire des toponymes de la ville de Québec. Ville de Québec

BERGERON-GAGNON INC. Patrimoine du quartier Montcalm. Québec, Ville de Québec, 2000, 7 vol.

DIVISION DU VIEUX-QUÉBEC ET DU PATRIMOINE. Montcalm Saint-Sacrement [:] Nature et architecture : complices dans la ville. Québec, Ville de Québec, 1988, 75 p. Coll. « Les quartiers de Québec ».

LEMOINE, Réjean et Lise SANTERRE. Histoire de raconter : le quartier Montcalm. Québec, Ville de Québec, 2014, 32 p. Coll. « Itinéraires patrimoine et histoire ». (Fichier à télécharger)

PATRI-ARCH. Inventaire du patrimoine bâti des quartiers de Sainte-Foy, Sillery et Saint-Sacrement à Québec : synthèse architecturale et patrimoniale. [Québec], Ville de Québec, 2012, 245 p. (Fichier à télécharger)


Articles traitant de lieux situés dans le quartier Montcalm

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3 réflexions sur “La route Belvédère (1860)

  1. Oui, le tunnel a été construit sous l’avenue Belvédère mais le tracé de celle-ci est bien antérieur au creusement du tunnel, qui date de 1930. En outre, je n’ai rien trouvé qui puisse supposer une incidence de la construction du tunnel sur le lotissement des terres bordant la route/avenue Belvédère, même le secteur de la côte de la Pente-Douce. J’imagine que le tunnel ne devait pas poser de problèmes particuliers aux promoteurs immobiliers et aux résidents de l’avenue. Après tout, l’école des Saints-Martyrs-Canadiens a été construite en 1931 alors que des trains circulaient déjà plusieurs mètres sous terre. Il est possible que les autorités municipales se soient interrogés sur l’impact du creusement du tunnel sur la route/avenue Belvédère, mais je n’ai pas rien vu à ce sujet dans la documentation consultée. C’est une bonne question. Merci.

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