Le Cap-Blanc (vers 1907)

Vue de l'église de Notre-Dame-de-la-Garde et du secteur du Cap-Blanc au début du XXe siècle. (Notre-Dame-de-la-Garde, Cap Diamant, Québec, QC, vers 1907, Neurdein Frères, Musée McCord, MP-0000.1154.17)

Vue de l’église de Notre-Dame-de-la-Garde et du secteur du Cap-Blanc au début du XXe siècle. (Notre-Dame-de-la-Garde, Cap Diamant, Québec, QC, vers 1907, Neurdein Frères, Musée McCord, MP-0000.1154.17)

Vue actuelle des mêmes lieux. On distingue le boulevard Champlain, qui contourne le quartier. Les installations portuaires qu'on aperçoit à droite ne permettaient pas un alignement identique à la photographie des frères Neurdein. (Collection de l'auteur, 2015)

Vue actuelle des mêmes lieux. On distingue le boulevard Champlain, qui contourne le quartier. La présence des installations portuaires, qu’on aperçoit à droite, n’a pas rendu possible un alignement photographique identique à celui des frères Neurdein. (Collection de l’auteur, 2015)


Localisation


Cette carte postale, réalisée vers 1907 par l’entreprise des frères Neurdein de Paris[1], dépeint bien les contraintes géographiques  du secteur du Cap-blanc[2] et les caractéristiques de l’occupation de son territoire. S’étendant sur une mince bande de terre blottie entre la falaise et le fleuve à l’est de la basse-ville de Québec, cette zone a de tous temps été intimement liée aux activités maritimes. C’est surtout au XIXe siècle que l’essor du commerce du bois et de la construction navale entraine la formation d’un ilot de peuplement significatif en bordure de la rue Champlain, la seule à traverser le Cap-Blanc d’est en ouest[3].

La constitution du cadre bâti dans le secteur est alors fortement conditionnée par les besoins des activités maritimes et par le caractère irrégulier, et parfois destructeur[4], du front rocheux de la falaise. Suffisamment éloignée des centres de Québec et de Sillery, la population multiculturelle[5] du Cap-Blanc obtient au cours du XIXe siècle la construction de bâtiments cultuels et scolaires. La carte postale des frères Neurdein représente, au premier plan, l’église catholique de Notre-Dame-de-la Garde, dont l’édification tardive (1877) explique son emplacement à la périphérie ouest du secteur.

Cette aquarelle de Philip John Bainbrigge, réalisée en 1838, illustre bien la relation particulière que la population, retenue sur une mince bande de terre, entretient entre la falaise et le fleuve à l'époque florissante du commerce du bois. (Anse au Foulon, vue du chantier des Français, 1838, Philip John Bainbrigge, 1817-1881, BAC, fonds non indiqué, MIKAN no 2896307)

Cette aquarelle de Philip John Bainbrigge, réalisée en 1838, illustre bien la relation particulière que la population, retenue sur une mince bande de terre, entretient entre la falaise et le fleuve à l’époque du florissant commerce du bois. (Anse au Foulon, vue du chantier des Français, 1838, Philip John Bainbrigge, 1817-1881, BAC, fonds non indiqué, MIKAN no 2896307)

Cette photographie réalisée en 1865 dépeint bien l'intense activité sur les quais et les chantiers du Cap-Blanc. Pourtant, à cette époque, le déclin du commerce du bois est déjà bien amorcé. (View on the St. Lawrence River, London Stereoscopic Co., 1865, BAC, Collection Edward McCann, MIKAN no 3330219)

Cette photographie réalisée en 1865 dépeint bien l’intense activité sur les quais et dans les chantiers du Cap-Blanc. Pourtant, à cette époque, le déclin du commerce du bois est déjà bien amorcé. (View on the St. Lawrence River, London Stereoscopic Co., 1865, BAC, Collection Edward McCann, MIKAN no 3330219)

Comme en témoigne cette photographie de l'éboulement de 1889, demeurer en bordure de la falaise est un pari risqué. (Quartier Cap-Blanc - Rue Champlain - Catastrophe - septembre 1889, J.-E. Livernois, BAnQ, Fonds J. E. Livernois Ltée, P560,S1,P377-1)

Comme en témoigne cette photographie de l’éboulement de 1889, demeurer en bordure de la falaise est un pari risqué. (Quartier Cap-Blanc – Rue Champlain – Catastrophe – septembre 1889, J.-E. Livernois, BAnQ, Fonds J. E. Livernois Ltée, P560,S1,P377-1)

Souffrant du déclin des activités reliées au commerce du bois à la fin du XIXe siècle, la population du Cap-Blanc se voit progressivement coupée de son accès au fleuve au siècle suivant. Dans les années 1910, l’installation d’une voie du chemin de fer National Transcontinental[6] nécessite un premier remblaiement des berges. L’enclavement du quartier, en particulier sa partie occidentale, se poursuit une décennie plus tard par l’aménagement du terminal de l’anse au foulon ou anse Wolfe entre 1924 et 1931. Enfin, au début des années 1960, la construction du boulevard Champlain exige un important remblaiement particulièrement visible dans le secteur du bassin Brown. De surcroît, cette nouvelle voie rapide régionale, à l’apparence d’une autoroute, s’intègre mal dans le fragile tissu urbain du Cap-Blanc.

Des efforts seront toutefois tentés afin de décloisonner le quartier et de redonner à la population l’accès au fleuve : création du parc de Notre-Dame-de-la-Garde, réaménagement du boulevard Champlain en 1997 et inauguration des installations récréatives du bassin Brown en 2008. En 2014, le Port de Québec annonce le projet de la Promenade portuaire du Foulon, c’est-à-dire le prolongement de la promenade Samuel-de-Champlain dans le secteur du Cap-Blanc. Cet espace destiné à « mieux intégrer les activités portuaires au tissu urbain » doit être complété en 2017.

Vue en plongée du Cap-Blanc vers 1890. Malgré la présence de nombreux quais, les affaires ne sont plus aussi bonnes. Quartier Cap-Blanc - Rue Champlain . - [vers 1890], J.-E. Livernois, BAnQ, Fonds J. E. Livernois Ltée, P560,S2,D2,P84164)

Vue en plongée du Cap-Blanc vers 1890. Malgré la présence de nombreux quais, les affaires ne sont plus aussi bonnes. Quartier Cap-Blanc – Rue Champlain . – [vers 1890], J.-E. Livernois, BAnQ, Fonds J. E. Livernois Ltée, P560,S2,D2,P84164)

Vue du secteur vers 1920. L'ère du grand commerce maritime est bien révolue alors que l'aménagement de la voie du National transcontinental constitue une première barrière entre le milieu urbain et le fleuve (Quartier Cap-Blanc - Vue prise de l'escalier du Cap-Blanc, Edgar Gariépy . - [Vers 1920], BAnQ, Collection initiale, P600,S6,D1,P2).

Vue du secteur vers 1920. L’ère du grand commerce maritime est bien révolue alors que l’aménagement de la voie du National transcontinental constitue une première barrière entre le milieu urbain et le fleuve (Quartier Cap-Blanc – Vue prise de l’escalier du Cap-Blanc, Edgar Gariépy . – [Vers 1920], BAnQ, Collection initiale, P600,S6,D1,P2).

Cette photographie de 1948 montre nettement l'impact des travaux d'aménagement du terminal de l'anse au Foulon sur la relation entre le Cap-Blanc et le fleuve. (Notre-Dame-de-la-Garde à Cap-Blanc à Québec,Théodore Mercier . - 1948, BAnQ, Fonds ministère de la Culture et des Communications, E6,S7,SS1,P67169)

Cette photographie de 1948 montre nettement l’impact des travaux d’aménagement du terminal de l’anse au Foulon sur la relation entre le Cap-Blanc et le fleuve. (Notre-Dame-de-la-Garde à Cap-Blanc à Québec,Théodore Mercier . – 1948, BAnQ, Fonds ministère de la Culture et des Communications, E6,S7,SS1,P67169)

Cap-Blanc, 2015_photo redimensionnée

Vue actuelle des mêmes lieux. Manifestement, la croissance de la végétation sur le promontoire réduit l’aire observable. (Collection de l’auteur, 2015)

Notes

[1] Les frères Étienne (1832-1918) et Louis-Antonin (1845 ou 1846-1914) Neurdein oeuvrent dans le domaine de la photographie à partir de 1863. Ils proposent des cartes postales représentant des lieux de France, de Belgique, d’Algérie et du Canada. Voir « Neurdein, une histoire familiale », Neurdein.over-blog.com, 30 novembre 2013; « Neurdein Frères », Artistes, Musée McCord, s.d.

[2] Le toponyme, répertorié pour la première fois en 1805, proviendrait d’une appellation amérindienne pour évoquer l’apparence primitive du cap. Au XIXe siècle, il ne désigne en fait qu’une partie de l’actuel quartier. À l’époque, celui-ci est divisé en plusieurs secteurs bien identifiés : le Près-de-Ville à l’est, l’Anse-des-mères au centre et le Cape Cove à l’ouest. Pendant longtemps rattaché à d’autres quartiers de Québec, le Cap-Blanc devient une entité distincte en 1988.

[3] Sous le Régime français, la rue n’est en fait qu’un chemin de grève longeant la falaise jusqu’à Sillery. À la fin des années 1820, on stabilise et pave la voie (en bois jusqu’en 1909). Outre la rue Champlain, quelques sentiers dans la falaise sont aménagés. De nos jours, de ces lieux de passage, il ne reste que l’escalier du Cap-Blanc, inauguré en 1869.

Cette photographie illustre l'escalier reliant le Cap-Blanc à la haute-ville. (Quartier Cap-Blanc - Rue Champlain, Philippe Gingras, Quebec . - [Vers 1895], BAnQ, Fonds Philippe Gingras, P585,D14,P8)

Cette photographie illustre l’escalier reliant le Cap-Blanc à la haute-ville. L’apparence dénudée du Cap Diamant lui confère une stature plus imposante voire menaçante. (Quartier Cap-Blanc – Rue Champlain, Philippe Gingras, Quebec . – [Vers 1895], BAnQ, Fonds Philippe Gingras, P585,D14,P8)

[4]Plusieurs éboulements se produisent dans le secteur du Cap-Blanc. Le plus meurtrier d’entre eux se produit le 19 septembre 1889, enlevant la vie à une quarantaine de personnes. Voir « Le glissement rocheux de Québec« , SOS! Les catastrophes au Canada, Bibliothèque et Archives Canada, 2006.

[5] Au XIXe siècle, on trouvait dans le secteur du Cap-Blanc une communauté canadiennes-française, irlandaise et britannique. Plusieurs marins scandinaves séjournaient également dans le secteur, ce qui justifia l’achat d’un bâtiment pour y aménager un temple luthérien.

[6] Une gare édifiée en 1914 près de l’emplacement actuel du débarcadère de la traverse Québec-Lévis accueillait les passagers circulant sur cette voie. De nos jours, le bâtiment est occupé par le Groupe Desgagnés.

Gare du marché Champlain, Québec, QC, 1916, Wm. Notman & Son, Musée McCord, VIEW-5691

Gare du National Transcontinental en 1916. Celle-ci accueille les passagers circulant sur la voie longeant le Cap-Blanc. (Gare du marché Champlain, Québec, QC, 1916, Wm. Notman & Son, Musée McCord, VIEW-5691)

Documents consultés

« Champlain ». Répertoire des toponymes de la ville de Québec. Ville de Québec, s.d.

« Escaliers-Cap-Blanc ». Culture et patrimoine. Ville de Québec, s.d.

« Vieux-Québec–Cap-Blanc–Colline Parlementaire ». Répertoire des toponymes de la ville de Québec. Ville de Québec, s.d.

BERGERON GAGNON INC. Inventaire d’éléments bâtis patrimoniaux supportant l’élaboration de quatre plans de paysage métropolitains : rapport synthèse. [Québec], Communauté métropolitaine de Québec/ministère de la Culture et des Communications du Québec, 2012, 136p.

GAUDREAU, Valérie. « Promenade portuaire du Foulon : deux kilomètres de vélo et de verdure ». Le Soleil, 19 juin 2014.

NOPPEN, Luc et Lucie K. MORISSET. L’église Notre-Dame-de-la-Garde à Québec. Québec, Paroisse Notre-Dame-de-la-Garde, 1999, 16 p.

PATRI-ARCH. Étude d’ensemble du quartier Cap-Blanc : histoire de la forme urbaine et analyse du paysage. Québec, Ville de Québec, Service de l’aménagement du territoire, Division Design, architecture et patrimoine, ii-66 p.

PATRI-ARCH. Étude d’ensemble du quartier Cap-Blanc : le patrimoine architectural. Québec, Ville de Québec, Service de l’aménagement du territoire, Division Design, architecture et patrimoine, 197 p.

VALLIÈRES, Marc. « Québec à l’ère des chemins de fer et de l’industrie ». Marc VALLIÈRES, dir. Histoire de Québec et de sa région. Tome II : 1792-1939. Québec, Presses de l’Université Laval, 2008, p. 1095-1196.


Article relié

L’anse au Foulon (1872)


Pour me joindre:

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4 réflexions sur “Le Cap-Blanc (vers 1907)

  1. j aimerais en savoir plus sur la rue Champlain. Mon grand père Arthur Doré avait une maison sur cette rue, j y allais tous les dimanche. Elle fut détruite je ne sais pas trop pourquoi. Elle était située tout juste à côté de l actuel restaurant le Marinier. Il y a une clôture en fer forgé noir actuellement.

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    1. Bonjour, d’après le Répertoire des toponymes de la ville de Québec, la rue Champlain  » […] existe dès l’époque du Régime français en continuation de la rue De Meulles, aujourd’hui rue du Petit-Champlain. Plus tard, la rue se prolonge vers l’ouest en prenant les noms de rues Près-de-Ville, de l’Anse-des-Mères et du Cap-Blanc. […] En 1876, les rues Près-de-Ville, Anse-des-Mères et du Cap-Blanc étaient incorporées à la rue Champlain ». http://www.ville.quebec.qc.ca/culture_patrimoine/patrimoine/toponymie/repertoire/fiche.aspx?idFiche=410

      À quel endroit se trouve le restaurant Le Marinier? Je ne parviens pas à le trouver en faisant une recherche sur Google.

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