L’auberge Neptune (1830)

Représentation de l'auberge Neptune et du bas de la côte de la Montagne en 1830 par James Pattison Cockburn. On distingue à l'arrière-plan le toît de l'ancien palais épiscopal, qui loge alors le Parlement du Bas-Canada. (Neptune Inn at the Foot of Mountain Street, Looking up Toward Parliament House, James Pattison Cockburn, 1830, BAC, Collection W. H. Coverdale de Canadiana, MIKAN no 2836361)

Représentation de l’auberge Neptune et du bas de la côte de la Montagne en 1830 par James Pattison Cockburn. On distingue à l’arrière-plan le toît de l’ancien palais épiscopal, qui loge alors le Parlement du Bas-Canada. (Neptune Inn at the Foot of Mountain Street, Looking up Toward Parliament House, James Pattison Cockburn, 1830, BAC, Collection W. H. Coverdale de Canadiana, MIKAN no 2836361)

Vue du 113-117, côte de la Montagne en 2016. (Collection de l'auteur)

Vue du 113-117, côte de la Montagne en 2016. (Collection de l’auteur). La dénivellation actuelle de la côte de la Montagne n’apparait pas distinctement dans l’aquarelle de Cockburn. Résulte-t-elle des travaux d’élargissement de la voie au XIXe siècle ou s’agit-il simplement d’une erreur de la part de l’artiste? Je n’ai pu trouver la réponse.


Localisation


Militaire et aquarelliste prolifique, James Pattison Cockburn nous a laissé cette représentation de l’auberge Neptune (Neptune Inn) en 1830. Ouvert en 1809 par William Arrowsmith, l’établissement situé au pied de la côte de la Montagne occupe un bâtiment assis sur des fondations du XVIIe siècle et dont les dimensions sont acquises à la fin du Régime français. Lieu de rencontre de marins et de marchands alors que le port de Québec vit des heures prospères, l’auberge arbore à l’extérieur une figure de proue personnifiant Neptune, une figure mythologique romaine associée à la mer. La légende veut que cet ornement provienne d’un navire qui s’était échoué à l’île d’Anticosti en 1817[1].

Le retrait de la sculpture vers 1870 coïncide vraisemblablement avec la fin des activités de l’auberge. En effet, à la même époque, le journal Morning Chronicle[2] devient le nouveau locataire de l’immeuble; le quotidien y demeure jusqu’en 1899. Une photographie produite à la fin du XIXe siècle montre que les ouvertures en façade ont été passablement remaniées depuis 1830.

Avis publié dan le Quebec Mercury en 1809 annonçant l'ouverture de l'auberge (The Quebec Mercury (Québec), vol. V, no 18, p. 143, via la collection numérique de BAnQ)

Avis publié dans le Quebec Mercury en 1809 annonçant l’ouverture de l’auberge. (The Quebec Mercury (Québec), vol. V, no 18, p. 143, via la collection numérique de BAnQ)

Aquarelle de James Pattison Cockburn représentant l'auberge en direction du fleuve en 1830. Cette oeuvre permet de distinguer plus clairement les traits de la figure de Neptune en façade. Notons que le bâtiment de l'auberge, situé un peu plus en retrait de la voie, sera épargné lors de l'élargissement de la côte de la Montagne au XIXe siècle. (Neptune Inn looking to the River, Quebec, 1830, James Pattison Cockburn, BAC, Coll. Peter Winkworth de Canadiana, MIKAN no 2838147)

Aquarelle de James Pattison Cockburn représentant l’auberge Neptune en 1830. Cette oeuvre orientée en direction du fleuve permet de distinguer plus clairement les traits de la figure de Neptune en façade. Notons que le bâtiment de l’auberge, situé un peu plus en retrait de la voie, sera épargné lors de l’élargissement de la côte de la Montagne au XIXe siècle. Depuis 1822, le tenancier du Neptune Inn est Charles Strickland. (Neptune Inn looking to the River, Quebec, 1830, James Pattison Cockburn, BAC, Coll. Peter Winkworth de Canadiana, MIKAN no 2838147)

Vue du bâtiment à la fin du XIXe siècle. Les bureaux du quotidien Morning Chronicle s'y trouvent. (The Morning Chronicle, (ext. - old building), Jules-Ernest Livernois, vers 1900, BAC, Collection de photographies par Jules-Ernest Livernois, MIKAN no 3330653)

Vue du bâtiment à la fin du XIXe siècle. Les bureaux du quotidien Morning Chronicle s’y trouvent. (The Morning Chronicle, (ext. – old building), Jules-Ernest Livernois, vers 1900, BAC, Collection de photographies par Jules-Ernest Livernois, MIKAN no 3330653)

Ces changements sont toutefois minimes en comparaison avec ceux réalisés en 1901 pour reconvertir l’immeuble en un lieu d’hébergement. Celui-ci est tenu par Joseph Thomas LeVallée, un restaurateur actif depuis les années 1860.Poursuivant la tradition de l’auberge Neptune, dont il conserve le nom (hôtel Neptune Inn), LeVallée fait installer dans une alcôve, en façade, une nouvelle sculpture de la divinité romaine, exécutée par Louis Jobin. Malgré l’incendie du bâtiment en 1925, la famille LeVallée poursuit les activités de l’hôtel jusqu’en 1938[3].

La Ville de Québec s’en porte acquéreur la même année puis le loue au gouvernement fédéral. Celui-ci y loge tout d’abord le Club Alouette, un lieu de détente pour aviateurs et marins, puis des services administratifs après la Seconde Guerre mondiale. Devenu un espace à bureaux, l’édifice prend sa forme actuelle en 1947. Les gouvernements fédéral et provincial l’occupent tour à tour jusque dans les années 1970[4]. Acquis par une société immobilière en 1984, l’immeuble devient, et demeure jusqu’à ce jour, un espace d’habitations.

Vue de l'hôtel Neptune Inn quelque temps après les travaux de reconversion des bureaux du Morning Chronicle en un lieu d'hébergement. (Ville de Québec, quartier Vieux-Québec basse-ville - [Vers 1900 -vers 1965], BAnQ, Collection Magella Bureau, P547,S1,SS1,SSS1,D1,P3422R)

Vue de l’hôtel Neptune Inn. (Ville de Québec, quartier Vieux-Québec basse-ville – [Vers 1900 -vers 1965], BAnQ, Collection Magella Bureau, P547,S1,SS1,SSS1,D1,P3422R)

Vue rapprochée de la sculpture de Neptune, commandée en 1901 à Louis Jobin. De nos jours, l'oeuvre est conservée au Musée national des beaux-arts du Québec. Une fiche d'information peut être consultée sur le site de l'institution. (Quartier Vieux-Québec - Côte de la Montagne - Hôtel Neptune - Vue rapprochée de l'acrotère et sa sculpture du Neptune . - [Vers 1920], BAnQ, Collection initiale, P600,S6,D1,P291)

Vue rapprochée de la sculpture de Neptune, commandée en 1901 à Louis Jobin. (Quartier Vieux-Québec – Côte de la Montagne – Hôtel Neptune – Vue rapprochée de l’acrotère et sa sculpture du Neptune . – [Vers 1920], BAnQ, Collection initiale, P600,S6,D1,P291)

Notes

[1] Il s’agirait du Neptune, un navire faisant la navette entre Greenock, en Écosse, et Québec. Il se serait échoué le 13 novembre 1817. Voir « Wrecks of 1816-1818 », The ShipsList, S. Swiggum et M. Kohli, 2005.

[2] Fondé en 1847, le journal change plusieurs fois de nom au cours de son histoire, notamment à la suite de fusion avec d’autres imprimés. Il est l’un des ancêtres de l’actuel Quebec Chronicle-Telegraph.

[3] En 1936, l’hôtel Neptune Inn est renommé Hôtel National. La sculpture de Neptune demeure sur l’édifice après la fermeture de l’hôtel. Dans les années 1940, elle est cédée au Musée de la province (Musée national des beaux-arts du Québec).  Une fiche d’information peut être consultée sur le site de l’institution.

[4] Le gouvernement fédéral acquiert l’immeuble de la Ville en 1951 puis le revend une décennie plus tard. Pendant une vingtaine d’année, le bâtiment est détenu par des particuliers.


Documents consultés

« A la vieille capitale ». La Patrie (Montréal), vol. 23, no 118 (15 juillet 1901), p. 5. (via la collection numérique de BAnQ)

Annuaires de Québec, 1822-1976, via la collection numérique de BAnQ)

« Neptune Inn ». Patrimoine urbain. Ville de Québec, sans date.

LEBEL, Jean-Marie. Le Vieux-Québec: guide du promeneur. Sillery, Éditions du Septentrion, 1997, 340 p.

LEBEL, Jean-Marie. « Le vieux Thom et le Neptune Inn ». Cap-aux-Diamants : la revue d’histoire du Québec, no 26 (été 1991), p. 73. (Fichier PDF à télécharger via erudit.org)

LE MOINE, James MacPherson. Picturesque Quebec : a Sequel to Quebec Past and Present. Montréal, Dawson Brothers, 1882, XIV-535 p. (Il est question de l’auberge Neptune aux pages 185 et 186)

PROVENCHER, Jean. « La première auberge Neptune à Québec ».Les Quatre Saisons. Jeanprovencher.com, 4 août 2015.

PROVENCHER, Jean. « La statue du dieu Neptune est sauvée». Les Quatre Saisons. Jeanprovencher.com, 3 août 2015.


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4 réflexions sur “L’auberge Neptune (1830)

  1. J’adore ces histoires. Y a t il encore de nos jours des photographes comme les Livernois ou autre qui photographie les immeubles de nos jours? pas besoin parce qu’on a goggle street view? Les historiens du futurs pourront-ils consulter des base de donnees content notre vie d’ajourd’hui en photo en video? Merci encore pour ce blog!

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    1. Je ne crois pas que la pratique photographique ait changé. Chaque époque conserve la mémoire de son temps. Ce qui a changé, c’est le support de conservation. L’ère numérique facilite la production photographique mais menace en même temps sa conservation à moyen et long terme en raison de l’évolution rapide des supports. C’est un des grands défis de l’archivistique.

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