L’usine Dominion Corset (avant 1897)

Vue de l'usine et de la résidence de Guillaume Bresse avant 1898. On remarque une inscription sur le bâtiment industriel, Bien que peu lisible, cette inscription semble indiquer le nom "O. Bresse", soit le propriétaire de l'entreprise entre 1892 et 1897. (Photographie tirée de François Gosselin Couillard, "La vie ouvrière", Saint-Roch, une histoire populaire)

Vue de l’usine et de la résidence de Guillaume Bresse avant 1897. On remarque une inscription sur la tour du bâtiment industriel, Bien que peu lisible, cette inscription semble indiquer le nom « O. Bresse », soit le propriétaire de l’entreprise entre 1892 et 1897. On entrevoit, à gauche, une autre fabrique de chaussures, dirigée par John Ritchie. (Photographie tirée de François Gosselin Couillard, « La vie ouvrière », Saint-Roch, une histoire populaire)

Photographie de l'édifice La Fabrique en 2016 (collection de l'auteur)

Photographie de l’édifice La Fabrique en bordure de la rue Dorchester (collection de l’auteur, 2016)

 

 


L’usine Dominion Corset est connue pour sa production de sous-vêtements féminins, mais on oublie qu’elle a été destinée initialement à la fabrication de chaussures. Son édification à l’angle des rues Charest[1] et Dorchester par l’homme d’affaires Guillaume Bresse (1833-1892) en 1871 est évocatrice de la reconversion industrielle alors en cours à Québec. En effet, la structure économique de la ville, pendant longtemps axée sur le commerce du bois et la construction navale, commence à se réorganiser autour de l’industrie des biens de consommation dont le cuir.

Le choix de l’emplacement de l’usine est également significatif puisque cette dernière est implantée dans un secteur traditionnellement occupé par de nombreuses tanneries[2]. La prospérité de l’entreprise pousse Bresse à poursuivre l’aménagement de sa propriété dans les années 1870 et 1880. En effet, en 1876, il se fait construire une résidence située à proximité de son établissement manufacturier comme on le voit sur la photographie ci-jointe. Douze ans plus tard, une nouvelle aile de l’usine apparait en bordure de la rue Sainte-Hélène[3].

Détail d'un plan de Québec de 1879 illustrant la grande concentration de tanneries autour de la rue Saint-Vallier. On les identifie sous le nom de "tannery" dans le plan. (Atlas of the city and county of Quebec from actual surveys…, Henry Whitmer Hopkins, 1879, BAnQ, Coll. Plans de villes et villages du Québec, G 1144, Q4G475, H6, 1879 CAR)

Détail d’un plan de Québec de 1879 illustrant la grande concentration de tanneries autour de la rue Saint-Vallier. On les identifie sous le nom de « tannery » dans le plan. (Atlas of the city and county of Quebec from actual surveys…, Henry Whitmer Hopkins, 1879, BAnQ, Coll. Plans de villes et villages du Québec, G 1144, Q4G475, H6, 1879 CAR)

Gravure représentant les installations de la Dominion Corset avant 1909. Les travaux effectués entre 1909 et 1916 changeront durablement l'apparence du lieu. Cette gravure nous permet donc de visualiser le site tel qu'il l'était à l'époque de Guillaume Bresse. (Tiré de François Gosselin Couillard, "La vie ouvrière", Saint-Roch, une histoire populaire)

Gravure représentant les installations de la Dominion Corset avant 1909. Les travaux effectués ultérieurement changeront durablement l’apparence du lieu. Cette gravure nous permet de visualiser le site tel qu’il était à l’époque de Guillaume Bresse malgré la disproportion des volumes. (Tiré de François Gosselin Couillard, « La vie ouvrière », Saint-Roch, une histoire populaire)

Au décès de Guillaume Bresse en 1892, son neveu lui succède à la tête de l’entreprise, mais est acculé à la faillite cinq ans plus tard. Georges-Élie Amyot (1856-1930), industriel actif dans le domaine de la corsetterie depuis 1886[4], entre alors en scène; en 1897 ou 1898, il acquiert aux enchères la propriété de Bresse puis y intègre sa fabrique de corsets ainsi qu’une autre consacrée à la production de boîtes de carton[5].

Commence alors une période d’expansion pour l’entreprise[6], qui se traduit par l’accroissement de la superficie de l’usine. En 1909, une aile située en bordure de la rue Dorchester est édifiée, ce qui nécessite la démolition de l’ancienne résidence de Bresse. À la suite d’un incendie en 1911, Amyot fait rebâtir l’ensemble dans ses proportions actuelles, c’est-à-dire un immeuble de quatre étages à toit plat et enrichi d’ornements architecturaux[7]; c’est de cette époque que datent également la tour de l’horloge et le château d’eau[8]. L’aile de 1888 est reconstruite en 1916[9] puis l’espace libre bordant la rue Sainte-Hélène est comblé entre 1949 et 1964 par un bâtiment de facture plus moderne[10].

Vue de l'usine Dominion Corset avant les travaux de 1909. Comme le publicise une inscription sur le bâtiment, celui-ci abrite également une fabrique de boites de carton. (Bâtiment de la Compagnie Dominion Corset avant l'incendie de 1911, entre 1898 et 1911, AVQ, Fonds de la Compagnie limitée Dominion Corset, P051-8-N026788)

Vue de l’usine Dominion Corset avant les travaux de 1909. Comme le publicise une inscription sur le bâtiment, celui-ci abrite également une fabrique de boites de carton. (Bâtiment de la Compagnie Dominion Corset avant l’incendie de 1911, entre 1898 et 1911, AVQ, Fonds de la Compagnie limitée Dominion Corset, P051-8-N026788)

Vue de l'incendie de l'usine le 27 mai 1911. Cette photographie permet de remarquer, à gauche, l'aile construite en 1909. Ses caractéristiques architecturales sont similaires à celles employées lors de la reconstruction de l'édifice en 1911. (Incendie du 27 mai 1911 qui a ravagé la manufacture, 1911-05-27, AVQ, Fonds de la Compagnie limitée Dominion Corset, P051-8-N022443)

Vue de l’incendie de l’usine le 27 mai 1911. Cette photographie permet de remarquer, à gauche, l’aile construite en 1909. Ses caractéristiques architecturales sont similaires à celles employées lors de la reconstruction de l’édifice en 1911. (Incendie du 27 mai 1911 qui a ravagé la manufacture, 1911-05-27, AVQ, Fonds de la Compagnie limitée Dominion Corset, P051-8-N022443)

Carte postale non datée mais postérieure à 1916. Elle permet d'observer les ornements architecturaux ajoutés en façade lors de la reconstruction de 1911. (Dominion Corset Company Quebec (Canada) Warehouses Montreal, Toronto, non datée, BAnQ, Collection Michel Bazinet, CP 6423 CON)

Carte postale non datée mais postérieure à 1916. Elle permet d’observer les ornements architecturaux ajoutés en façade de l’usine lors de la reconstruction de 1911. (Dominion Corset Company Quebec (Canada) Warehouses Montreal, Toronto, non datée, BAnQ, Collection Michel Bazinet, CP 6423 CON)

À partir des années 1960, le secteur manufacturier au Québec entre en déclin alors qu’un mouvement de modernisation favorise notamment la relocalisation des établissements industriels dans des installations plus adaptées aux nouvelles conditions de production[11]. La Dominion Corset n’échappe pas à ce phénomène. Ses activités industrielles, prises en main par des intérêts montréalais en 1977[12], sont transférées dans le parc industriel de Vanier à la suite de l’achat de l’entreprise par la compagnie Canadelle WonderBra en 1988.

La vieille usine de Saint-Roch est acquise par la Ville de Québec en 1990 puis rénovée pour accueillir des services municipaux ainsi que l’École des arts visuels (École d’art) et, plus récemment, l’École de design de l’Université Laval. L’édifice La Fabrique, ainsi renommé, est classé lieu historique national du Canada par le gouvernement fédéral en 2012.

Vue aérienne réalisée en 1971 et montrant l'usine Dominion Corset, dont les bâtiments occupent tout l'espace disponible. On distingue également un peu plus bas un ensemble d'anciens bâtiments industriels. Cet espace est de nos jours converti en un vaste stationnement.

Vue aérienne réalisée en 1971 et montrant l’usine Dominion Corset, dont les bâtiments occupent tout l’espace disponible. On distingue également un peu plus bas un ensemble d’anciens bâtiments industriels. Cet espace est de nos jours converti en un vaste stationnement.

Plan de 1957 illustrant la division spatiale des différentes fonctions et équipements au sein de la Dominion Corset. (Insurance plan of the city of Quebec, vol. 1, Underwriters’ Survey Bureau, 1957, BAnQ, Coll. Plans de villes et villages du Québec , G1144,Q4G475,U5,v.1,1957 CAR)

Plan de 1957 illustrant la division spatiale des différentes fonctions et équipements au sein de la Dominion Corset. (Insurance plan of the city of Quebec, vol. 1, Underwriters’ Survey Bureau, 1957, BAnQ, Coll. Plans de villes et villages du Québec , G1144,Q4G475,U5,v.1,1957 CAR)

Notes

[1] La rue n’est transformée en boulevard qu’à partir de 1929. Pour plus de détail, consulter mon article portant sur cette artère.

[2] Dès le Régime français, des tanneries s’implantent le long de la rue De Saint-Vallier. Comme le montre le plan de 1879 ci-joint, ce secteur est toujours propice à l’établissement d’entreprises de production de cuir. En guise de complément, consulter un intéressant site consacré à l’histoire et aux vestiges archéologiques d’une ancienne tannerie située sur la rue De Saint-Vallier.

[3] Jusqu’en 1876, cette voie est connue sous le nom de rue Gabriel. En 1997, la particule « De » est ajoutée, de sorte que la rue se nomme De Sainte-Hélène depuis. Voir « De Sainte-Hélène », Répertoire des toponymes de la ville de Québec, Ville de Québec, sans date.

[4] Située initialement au pied de la rue de la Couronne, l’entreprise d’Amyot déménage au coin des rues Nelson et Christophe-Colomb. En 1891, on la retrouve sur la rue Arago. On aperçoit ci-dessous les installations de la rue Arago.

Vue représentant l'usine de la Dominion Corset sur la rue Arago entre 1891 et 1898. (Bâtiment de la Compagnie Dominion Corset entre 1891 et 1897, entre 1887 et 1891, AVQ, Fonds de la Compagnie limitée Dominion Corset, P051-8-N026785)

Vue représentant l’usine de la Dominion Corset sur la rue Arago entre 1891 et 1898. (Bâtiment de la Compagnie Dominion Corset entre 1891 et 1897, entre 1887 et 1891, AVQ, Fonds de la Compagnie limitée Dominion Corset, P051-8-N026785)

Plan de 1898 illustrant à la fois l'usine de Georges-Élie Amyot sur la rue Arago et l'usine ayant appartenu à Guillaume puis Olivier Bresse jusqu'en 1897. (Insurance plan of the City of Quebec, Canada [volume I], 1898, Charles Edward Goad, BAnQ, Coll. Plans de villes et villages du Québec, cote non indiquée)

Plan de 1898 illustrant à la fois l’usine de Georges-Élie Amyot sur la rue Arago et l’usine ayant appartenu à Guillaume puis Olivier Bresse jusqu’en 1897. (Insurance plan of the City of Quebec, Canada [volume I], 1898, Charles Edward Goad, BAnQ, Coll. Plans de villes et villages du Québec, cote non indiquée)

[5] La fabrique de boîtes et une autre produisant des tiges de métal à partir de 1916 sont destinées à soutenir les activités de la corsetterie.

[6] Le chiffre d’affaires de l’entreprise passe de 130 000$ en 1895 à 1 000 000$ en 1914 puis à 2 500 000$ en 1920.

[7] Outre les tours, on distingue le bandeau de pierre et le parapet crénelé. Ils mettent en valeur l’espace alors occupé par les services administratifs de l’entreprise.

[8] Les sources consultées mentionnent l’ajoute du château d’eau à la suite de l’incendie de 1911. Cependant, un cliché réalisé à cette époque (voir ci-dessous) nous permet de distinguer ce qui ressemble à un château d’eau, donc antérieur à 1911. On peut supposer qu’il adopte sa forme actuelle lors des travaux de reconstruction.

Photo de l'usine Dominion Corset à la suite de l'incendie du 27 mai 1911. On remarque ce qui ressemble à un château d'eau. (Incendie du 27 mai 1911 qui a ravagé la manufacture, 1911-05-27, AVQ, Fonds de la Compagnie limitée Dominion Corset, P051-8-N022446)

Photo de l’usine Dominion Corset à la suite de l’incendie du 27 mai 1911. On remarque ce qui ressemble à un château d’eau. (Incendie du 27 mai 1911 qui a ravagé la manufacture, 1911-05-27, AVQ, Fonds de la Compagnie limitée Dominion Corset, P051-8-N022446)

[9] Les sources s’entendent sur la date de 1916. Cependant, un plan d’assurances, réalisé en 1913, illustre les changements apportés à cette aile. Notons, par ailleurs, qu’après les travaux, l’aile compte cinq étages.

[10] Le bâtiment de 1949 est doté d’un étage additionnel en 1957 puis en 1964. À la même époque, un bâtiment servant de stationnement et d’entrepôt est ajouté à l’ouest du complexe industriel.

[11] Précisons que dans un contexte de modernisation, « la vieille usine, située dans un quartier industriel ancien, ne convient plus. Le chemin de fer ou la voie d’eau, autrefois des facteurs importants de localisation, sont de plus en plus remplacés, à ce titre, par les grandes autoroutes. Dans certains cas, les usines existantes peuvent accueillir une nouvelle machinerie mais, très souvent, les entreprises préfèrent s’installer à neuf ». Dans certains cas, la relocalisation s’effectue dans une autre province ou un autre pays. Voir Paul-André Linteau et al, Histoire du Québec contemporain, vol. 2 : Le Québec depuis 1930, [Montréal], Éditions du Boréal, 1989 (1979), p. 479.

[12] Notons que Georges-Élie Amyot cède la direction de l’entreprise à son fils Louis-Joseph-Adjutor (1884-1968) en 1920 ou 1924; celui-ci la cède à son tour à son fils Pierre (décédé en 1998) en 1965.

Mosaïque représentant les dirigeants de la Dominion Corset en 1918. On distingue en haut, au centre, la figure de Georges-Élie Amyot. À sa gauche se trouve son fils et successeur, Louis-Joseph-Adjutor. (Dominion Corset Company, Selling force 1918, 1918, AVQ,Fonds de la Compagnie limitée Dominion Corset, P051-8-N026921)

Mosaïque représentant les dirigeants de la Dominion Corset en 1918. On distingue en haut, au centre, la figure de Georges-Élie Amyot. À sa gauche se trouve son fils et successeur, Louis-Joseph-Adjutor. (Dominion Corset Company, Selling force 1918, 1918, AVQ,Fonds de la Compagnie limitée Dominion Corset, P051-8-N026921)


Abréviations des centres d’archives

AVQ: Archives de la Ville de Québec

BAnQ: Bibliothèque et Archives nationales du Québec


Documents consultés

« Lieu historique national du Canada La Fabrique ». Patrimoine urbain. Ville de Québec, sans date.

« Usine Dominion Corset ». Répertoire du patrimoine culturel du Québec. Ministère de la Culture et des Communications du Québec, sans date.

DIVISION DU VIEUX-QUÉBEC ET DU PATRIMOINE. Saint-Roch : un quartier en constante mutation. Québec, Ville de Québec, 1987. 54 p. Coll. « Les quartiers de Québec ».

GOSSELIN COUILLARD, François. « La vie ouvrière ». Saint-Roch, une histoire populaire, sans date.

LABERGE, Raymond et SOCIÉTÉ HISTORIQUE DE QUÉBEC.« Ateliers de chaussures et de vêtements à Québec au tournant du 19e siècle ». Québec Hebdo, 26 octobre 2008.

LINTEAU, Paul-André et al. Histoire du Québec contemporain. [Montréal], Éditions du Boréal, 1989 (1979), 2 vol.

MORISSET, Lucie K. Patrimoine du quartier Saint-Roch : La mémoire du paysage : histoire de la forme urbaine. Québec, Ville de Québec, Service de l’urbanisme, Design urbain et patrimoine, [1996], 287 p.

NOPPEN, Luc. Patrimoine du quartier Saint-Roch : Architectures de Saint-Roch. Notes historiques et analytiques. Québec, Ville de Québec, Service de l’urbanisme, Design urbain et patrimoine, [1996], 486 p.


Articles connexes

La rue de la Couronne et le quartier Saint-Roch (vers 1860)

Le boulevard Charest et les grands magasins de Saint-Roch (1947)


Pour me joindre:

Courriel: vues.anciennes@gmail.com

Twitter: Histoire de Québec@vues_anciennes

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