Le Bas-du-Sault de Montmorency (avant 1889)

Montage photographique représentant la scierie du Bas-du-Sault vraisemblablement les années 1870 ou 1880. (Montmorency Mills, L. P. Vallée . - [vers 1900], BAnQ, Collection Centre d'archives de Québec, P1000,S4,D26,P15)

Montage photographique représentant la scierie du Bas-du-Sault vraisemblablement les années 1870 ou 1880. On aperçoit la chute Montmorency à droite. (Montmorency Mills, L. P. Vallée . – [vers 1900], BAnQ, Collection Centre d’archives de Québec, P1000,S4,D26,P15)

Vue actuelle du Bas-du-Sault. (Collection de l'auteur, 2016)

Vue actuelle du Bas-du-Sault. (Collection de l’auteur, 2016)


 

 


Au début du XIXe siècle, la chute Montmorency, déjà bien connue des peintres topographes britanniques pour son charme pittoresque, est convoitée pour son potentiel énergétique. En 1811, John Goudie, constructeur de navires à Québec, s’associe au marchand Henry Black pour exploiter au Bas-du-Sault une scierie dont le moulin est alimenté par la force motrice de la chute. Des travaux d’agrandissements effectués par de nouveaux propriétaires dont Peter Patterson font de cet établissement l’un des plus grands en Amérique du Nord à la fin de la décennie. Par son activité, la scierie contribue à la formation d’un embryon communautaire voisin dès cette époque comme le montre le plan ci-dessous. Il faut cependant attendre le dernier tiers du XIXe siècle pour que celui-ci s’enracine durablement[1].

Gravure de la scierie du Bas-du-Sault vers 1819. Il s'agit vraisemblablement de la plus ancienne représentation de l'établissement dirigé alors par Peter Patterson. Bien que la topographie et les distances soient fantaisistes, la gravure illustre avec justesse le conduit permettant à l'eau de la chute de faire fonctionner le moulin de la scierie.

Gravure de la scierie du Bas-du-Sault vers 1819. Il s’agit vraisemblablement de la plus ancienne représentation de l’établissement dirigé alors par Peter Patterson. Bien que la topographie et les distances soient fantaisistes, la gravure illustre avec justesse le conduit permettant à l’eau de la chute de faire fonctionner le moulin de la scierie. (Lumber Establishement at Montmorenci and Bay of Quebec, S. S. Jocelyn tiré de Benjamin Silliman, Remarks Made on a Short Tour Between Hartford and Quebec, in the Autumn of 1819, New Haven, S. Converse, 1824)

Plan du secteur de la chute Montmorency en 1822. Un peu plus de dix ans après l'établissement de la scierie, le Bas-du-Sault compte déjà une importante concentration de bâtiments. (Map of Quebec and its Environs, from Actual & Original Survey, John Adams, 1822, tiré de Denyse Légaré et Paul Labrecque, Histoire de raconter : Montmorency ou le Bas-du-Sault, arrondissement de Beauport, Ville de Québec, 2010, p. 7)

Plan du secteur de la chute Montmorency en 1822. Un peu plus de dix ans après l’établissement de la scierie, le Bas-du-Sault compte déjà une importante concentration de bâtiments. (Map of Quebec and its Environs, from Actual & Original Survey, John Adams, 1822, tiré de Denyse Légaré et Paul Labrecque, Histoire de raconter : Montmorency ou le Bas-du-Sault, arrondissement de Beauport, Ville de Québec, 2010, p. 7)

À la mort de Patterson en 1851, l’entreprise passe dans les mains de son gendre George Benson Hall. Ayant en vue le lucratif marché américain, ce dernier diversifie la production de ses installations de Montmorency[2]. Cependant, à partir des années 1870, il doit faire face à une conjoncture défavorable qui secoue l’industrie du bois de sciage au Québec. Devenue moins rentable et minée par des problèmes de gestion à la suite du décès de Hall en 1876, la scierie ferme ses portes en 1892.

Vue des installations de la scierie Hall dans les années 1870 et 1880. Les bâtiments numérotés 1 et 2 abritent alors des manufactures fabricant des produits finis ou semi-finis du bois. C'est dans le bâtiment no 2 que sera aménagée la première centrale hydroélectrique au Québec en 1884-1885.

Vue des installations de la scierie Hall dans les années 1870 et 1880. Les bâtiments numérotés 1 et 2 abritent alors des manufactures fabricant des produits finis ou semi-finis du bois. C’est dans le bâtiment no 2 que sera aménagée la première centrale hydroélectrique au Québec en 1884-1885. (Montmorency Mills, L.P. Vallée – [vers 1900], BAnQ, Collection Centre d’archives de Québec, P1000,S4,D26,P14_1)

Vue du secteur résidentiel du Bas-du-Sault à la fin du XIXe siècle. Il formera un village autonome en 1902 sous le nom de Saint-Grégoire-de-Montmorency. (Montmorency Mills, L. P. Vallée - [vers 1900], BAnQ, Collection Centre d'archives de Québec, P1000,S4,D26,P4)

Vue du secteur résidentiel du Bas-du-Sault à la fin du XIXe siècle. Il formera un village autonome en 1902 sous le nom de Saint-Grégoire-de-Montmorency. (Montmorency Mills, L. P. Vallée – [vers 1900], BAnQ, Collection Centre d’archives de Québec, P1000,S4,D26,P4)

L’histoire industrielle du Bas-du-Sault ne s’arrête toutefois pas là. Quelques années avant la fermeture de la scierie, l’homme d’affaires Charles Ross Whitehead y avait fait construire une filature de coton. Cette implantation n’était pas fortuite car la nouvelle usine allait compter sur l’électricité produite au pied de la chute depuis 1885 par la première centrale hydroélectrique au Québec et sur le service ferroviaire établi par la Compagnie de chemin de fer Québec, Montmorency et Charlevoix[3]. Intégrée à la Dominion Textile Company en 1905[4], la filature fait l’objet de plusieurs agrandissements dans la première moitié du XXe siècle qui accroissent sa superficie. Malgré la modernisation des installations en 1962 puis en 1980, l’usine cesse ses activités en 1986 à une époque où l’industrie textile  est principalement relocalisée en Asie. De nos jours, il ne reste rien de ce patrimoine industriel alors que le site, qui sert en partie de porte d’entrée au parc de la Chute-Montmorency, est laissé en friche et attend toujours d’être mis en valeur[5].

Vue du Bas-du-Sault au tournant du XIXe siècle alors qu'apparaissent la vocation passée (entreposage et traitement du bois) et future (traitement du coton) du secteur industriel du Bas-du-Sault. Comme le montre cette photographie, les estacades servent toujours à l'entreposage du bois pendant un temps après la fermeture de la scierie. (Usine de la Montmorency Cotton - [vers 1900], BAnQ, Coll. Centre d'archives de Québec, P1000,S4,D26,P12)

Vue du Bas-du-Sault au tournant du XIXe siècle alors les estacades servent toujours à l’entreposage du bois malgré la fermeture de la scierie en 1892. On aperçoit la filature de coton au premier plan. (Usine de la Montmorency Cotton – [vers 1900], BAnQ, Coll. Centre d’archives de Québec, P1000,S4,D26,P12)

Vue aérienne du secteur de la chute Montmorency vers 1925. L'usine de la Dominion Textile, qui s'est agrandie vers l'est, domine le paysage. On distingue la forme des estacades de l'ancienne scierie (voir plan de 1822 ci-dessus). On remarque enfin à gauche la deuxième centrale hydroélectrique de Montmorency. (Montmorency - ca1925, BAnQ, Collection initiale, P600,S4,SS3,P565-116)

Vue aérienne du secteur de la chute Montmorency vers 1925. L’usine de la Dominion Textile, qui s’est agrandie vers l’est, domine le paysage. On distingue la forme des estacades de l’ancienne scierie (voir plan de 1822 ci-dessus). On remarque enfin à gauche la deuxième centrale hydroélectrique de Montmorency. (Montmorency – ca1925, BAnQ, Collection initiale, P600,S4,SS3,P565-116)

Vue du Bas-du-Sault en 1989, peu avant la démolition des bâtiments de l'usine de la Dominion Textile. La construction de la voie d'accès au pont de l'île d'Orléans au début des années 1930 et de l'autoroute Dufferin-Montmorency dans les années 1970 a largement remanié le secteur occupé anciennement par les estacades de la scierie.

Vue du Bas-du-Sault en 1989, peu avant la démolition des bâtiments de l’usine de la Dominion Textile. La construction de la voie d’accès au pont de l’île d’Orléans au début des années 1930 et de l’autoroute Dufferin-Montmorency dans les années 1970 a largement remanié le secteur occupé anciennement par les estacades de la scierie.

Notes

[1] Le caractère saisonnier du travail à la scierie a retardé l’établissement durable de la population. Selon l’historien Jean-François Simard, l’enracinement date véritablement des années 1860. Une desserte de la paroisse de Beauport y est créée en 1869 puis est élevée rang de paroisse en 1890. La municipalité de Saint-Grégoire-de-Montmorency est, quant à elle, incorporée en 1902. Elle sera rattachée à Beauport en 1976. Voir Jean-François Simard, Montmorency : histoire d’une communauté ouvrière, Sillery, Septentrion, 2001, p. 211-212; Louise Côté, « Paroisse de Saint-Grégoire-de-Montmorency (1890) », Églises de Québec, Université Laval, Ville de Québec, ministère de la Culture et des Communications du Québec, s.d.

[2] En plus de produire des planches et des madriers, Hall fait fabriquer des « seaux, allumettes, lattes, jalousies, bardeaux et manches à balai ». Voir Denyse Légaré et Paul Labrecque, Histoire de raconter : Montmorency ou le Bas-du-Sault, arrondissement de Beauport, Ville de Québec, 2010, p. 7.

[3] La présence d’un climat humide facilitant le traitement des fibres du coton et la possibilité d’employer l’eau de la chute pour faire fonctionner les moulins de la filature ont été également avancés pour expliquer l’implantation de l’usine.

[4] En 1905, quatre entreprises, dont la Montmorency Cotton Mills Company qui possède la filature du Bas-du-Sault, se fusionnent pour former la Dominion Textile Company.

[5] Le 25 mai dernier, la Commission de la capitale nationale du Québec et la Ville de Québec ont présenté un projet de réaménagement du littoral qui intégrerait le secteur du Bas-du-Sault. Le plan directeur peut être consulté en ligne.


Abréviations des centres d’archives

AVQ: Archives de la Ville de Québec

BAnQ: Bibliothèque et Archives nationales du Québec


Documents consultés

LÉGARÉ, Denyse et Paul LABRECQUE. Histoire de raconter : Montmorency ou le Bas-du-Sault, arrondissement de Beauport, Ville de Québec, 2010, 32 p. Coll. « Itinéraires patrimoine et histoire ». (Document PDF à télécharger)

ROY, André et al. Pont de l’Île-d’Orléans (projet MTQ N° 154-99-0715), [Québec], Ministère des Transports du Québec, VI-97 p. (Document PDF à télécharger)

SIMARD, Jean-François. Montmorency : histoire d’une communauté ouvrière. Sillery, Septentrion, 2001, 236 p.


Pour me joindre:

Courriel: vues.anciennes@gmail.com

Twitter: Histoire de Québec@vues_anciennes

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