L’escalier Casse-Cou (1830)

1830

Représentation de la rue et de l'escalier Champlain (Casse-Cou) par James Pattison Cockburn en juillet 1830

Représentation de la rue et de l’escalier Champlain (Casse-Cou) par James Pattison Cockburn en juillet 1830. (Vue des marches de la rue Champlain, à Québec, depuis le bas de l’escalier, James Pattison Cockburn, juillet 1830, BAC, Collection Peter Winkworth, C-150545)

2017

Vue actuelle de l'escalier Casse-Cou prise depuis la rue Petit-Champlain (collection de l'auteur, 2017).

Vue actuelle de l’escalier Casse-Cou depuis la rue Petit-Champlain. (collection de l’auteur, 2017)


 

Localisation

 


L’escalier Casse-Cou s’élève sur le site d’un ancien chemin de terre reliant la côte de la Montagne à la basse-ville de Québec. C’est pour contourner partiellement cette pente abrupte que les autorités coloniales françaises font vraisemblablement aménager l’escalier entre 1685 et 1689. Bien que les sources ne s’entendent pas sur l’année exacte de sa construction, le premier plan qui le représente est réalisé en 1692[1]. Le nouveau passage, communément appelé escalier de la basse-ville, est rapidement adopté par les habitants de la basse-ville[2] et des propriétés sont construites sur ses abords aux XVIIe et XVIIIe siècles.

Détail d'un plan de 1683 représentant vraisemblablement le chemin de terre reliant la côte de la Montagne (à droite) à la basse-ville. On aperçoit également plusieurs bâtiments situé le long de la future rue Petit-Champlain, dont celui appartenant à l'explorateur Louis Jolliet (bâtiment le plus élevé en basse-ville). (Carte du Fort St-Louis de Québec, Jean-Baptiste Louis Franquelin,1683, ANOM, Dépôt des Fortifications des Colonies, FR CAOM 03DFC347B)

Détail d’un plan de 1683 représentant vraisemblablement le chemin de terre reliant la côte de la Montagne (à droite) à la basse-ville. On aperçoit également plusieurs bâtiments situé le long de la future rue Petit-Champlain, dont celui appartenant à l’explorateur Louis Jolliet (bâtiment le plus élevé en basse-ville). (Carte du Fort St-Louis de Québec, Jean-Baptiste Louis Franquelin,1683, ANOM, Dépôt des Fortifications des Colonies, FR CAOM 03DFC347B)

Détail d'un plan de Québec réalisé en 1685 par Robert de Villeneuve. On aperçoit que l'emplacement du futur escalier Casse-Cou est déjà défini, mais sans que des marches ne soit aménagées. (Détail de Plan de la ville et chasteau de Québec, fait en 1685, mezurée exactement, par le Sr de Villeneuve Robert de Villeneuve, 1685, ANOM, Dépôt des fortifications des colonies, FR CAOM 03DFC3)

Détail d’un plan de Québec réalisé en 1685 par Robert de Villeneuve. Dans l’espace encerclé, on aperçoit que l’emplacement du futur escalier Casse-Cou est déjà déterminé, mais sans que des marches n’aient été aménagées. À la gauche de ce passage, on remarque l’ancien sentier aménagé par Samuel de Champlain puis remplacé par le tracé actuel de la côte de la Montagne. (Détail de Plan de la ville et chasteau de Québec, fait en 1685, mezurée exactement, par le Sr de Villeneuve Robert de Villeneuve, 1685, ANOM, Dépôt des fortifications des colonies, FR CAOM 03DFC3)

Détail d'un plan réalisé par Robert de Villeneuve en 1692 et qui montre la présence de degrés dans la pente reliant la côte de la Montagne à la basse-ville. (Détail de Plan de la ville de Québec en la Nouvelle France où sont marquées les ouvrages faits et a faire pour la fortification, par le Sr de Villeneuve, ingénieur du Roy, Robert de Villeneuve, 1692, ANOM, Dépôt des Fortifications des Colonies, FR CAOM 03DFC439A; le plan est daté de 1750 par les Archives nationales d'Outre-Mer, mais sa réalisation en 1692 est attestée par d'autres sources)

Détail d’un plan réalisé par Robert de Villeneuve en 1692 et qui montre la présence de degrés dans la pente reliant la côte de la Montagne à la basse-ville. (Détail de Plan de la ville de Québec en la Nouvelle France où sont marquées les ouvrages faits et a faire pour la fortification, par le Sr de Villeneuve, ingénieur du Roy, Robert de Villeneuve, 1692, ANOM, Dépôt des Fortifications des Colonies, FR CAOM 03DFC439A; le plan est daté de 1750 par les Archives nationales d’Outre-Mer, mais sa réalisation en 1692 est attestée par d’autres sources)

En 1830, James Pattison Cockburn (1779-1847) représente la structure de bois qui est alors connue sous le nom d’escalier Champlain[3]. À la fin du siècle, sa vétusté ne convient plus aux besoins d’une ville qui s’impose comme une destination touristique de masse[4]. Par l’entremise de son ingénieur Charles Baillairgé (1826-1906), la corporation municipale propose en 1889 son remplacement par une structure métallique à deux travées qui nécessite la démolition d’une rangée de bâtiments. Mis sur la glace, le projet est relancé en 1892; dans ses nouveaux plans, Baillairgé ajoute une troisième travée qui doit accroitre l’effet de monumentalité de l’escalier. Cette structure à la fois fonctionnelle et symbolique de la modernité de la ville est construite en 1893. Réaménagé en 1968 puis en 1999, l’escalier présente de nos jours une forme très différente de celle imaginée par Baillairgé : le passage est rétréci et des paliers sont ajoutés de manière à faciliter l’accès aux commerces situés à proximité.

Vue rapprochée de l'escalier quelques années avant les travaux d'agrandissement et de modernisation conduits par Charles Baillairgé. L'escalier casse-cou, rue Champlain, Québec QC, vers 1890, Wm. Notman & Son, Musée McCord, VIEW-2336

Vue rapprochée de l’escalier quelques années avant les travaux d’agrandissement et de modernisation conduits par Charles Baillairgé. L’escalier casse-cou, rue Champlain, Québec QC, vers 1890, Wm. Notman & Son, Musée McCord, VIEW-2336

Photographie réalisée vers 1915 montrant l'escalier tel qu'il fut aménagé en 1893. (Quartier Vieux-Québec-Basse-Ville - Rue Petit-Champlain - Escalier Casse-Cou . - [vers 1915], J.E. Livernois, BAnQ, Fonds J. E. Livernois Ltée, P560,S1,P1043)

Photographie réalisée vers 1915 montrant l’escalier tel qu’il fut aménagé en 1893. Le bâtiment à la droite de l’ancienne résidence de Louis Jolliet sera incendié en 1916. Dans la foulée, il sera exhaussé de quelques étages et paré de briques. (Quartier Vieux-Québec-Basse-Ville – Rue Petit-Champlain – Escalier Casse-Cou . – [vers 1915], J.E. Livernois, BAnQ, Fonds J. E. Livernois Ltée, P560,S1,P1043)

Vue de l'escalier Casse-Cou une année après les travaux de rénovation réalisés en 1968.

Vue de l’escalier Casse-Cou une année après les travaux de rénovation réalisés en 1968. (Escalier Casse-Cou, anonyme, 1969-08, AVQ, Fonds Ville de Québec, Q-C1-14-N015435)

Dans son aquarelle, James Pattison Cockburn représente également plusieurs bâtiments qui témoignent bien de l’activité commerciale animant  la basse-ville au XIXe siècle; on y voit notamment, au premier plan à gauche, l’ancienne maison de Louis Jolliet (1645-1700) [5], transformée en commerce de fournitures pour bateaux. En 1879, elle sera réaménagée pour accueillir un ascenseur (funiculaire) qui est toujours en service. L’aquarelliste représente également l’un des bâtiments qui seront détruits lors de la reconstruction de l’escalier en 1893. À ses côtés sera édifié au milieu du XIXe siècle un entrepôt par les frères Abraham et Joseph Hamel pour leur entreprise de nouveautés en gros (« dry goods »). Vacant dans les années 1930[6], il fera place en 1955 à une école transformée ultérieurement en atelier et galerie d’art.

Photographie prise depuis la rue Sous-le-Fort au début du XXe siècle montrant notamment, à l'arrière-plan, l'ascenseur mis en service dans la maison Louis-Jolliet en 1879 et, à droite, l'ancien entrepôt des frères Hamel, haut de six étages. (Quebec. - Rue Sous-le-Fort, entre 1904 et 1917, anonyme, AVQ, Collection André Escojido, P094-1-N031579)

Photographie prise depuis la rue Sous-le-Fort au début du XXe siècle montrant notamment, à l’arrière-plan, l’ascenseur mis en service dans la maison Louis-Jolliet en 1879 et, à droite, l’ancien entrepôt des frères Hamel, haut de six étages. (Quebec. – Rue Sous-le-Fort, entre 1904 et 1917, anonyme, AVQ, Collection André Escojido, P094-1-N031579)

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Plan du secteur de l’escalier en 1875. On aperçoit la rangée de bâtiments flanquant l’entrepôt Hamel qui seront détruits lors de l’agrandissement de l’escalier en 1893. Légende des abbréviations: D.G.: dry goods (commerce de nouveautés); B.&S: boots and shoes (bottes et souliers); Mill’y: millinery (chapeliers). (Insurance plan of the city of Quebec, Canada, Charles Edward Goad, 1875, BAnQ, Collection de Plans de villes et de villages du Québe, cote non indiquée)

Vue actuelle du bâtiment construit en 1955 à l'emplacement de l'entrepôt Hamel. (Collection de l'auteur, 2017)

Vue actuelle du bâtiment construit en 1955 à l’emplacement de l’entrepôt Hamel. (Collection de l’auteur, 2017)

Notes

[1] Un plan de 1660 représente un passage entre la côte de la Montagne et la rue Sous-le-Fort. Il ne s’agit pas de l’escalier Casse-cou, mais de la voie aménagée vers 1620 par Samuel de Champlain pour se rendre en haute-ville. En raison de sa dénivellation trop importante, ce passage sera remplacé quelques années plus tard par l’actuel tracé de la portion inférieure de la côte de la Montagne.

[2] Une ordonnance adoptée par le Conseil souverain de la Nouvelle-France en 1698 et faisant défense aux habitants de faire passer leur bétail dans l’escalier suggère que la voie était fréquentée.

[3] À l’époque de Cockburn, l’actuelle rue Petit-Champlain est nommée rue Champlain. Elle deviendra la « Little Champlain Street » après l’ouverture de l’actuel Boulevard Champlain à la fin du XIXe siècle. Le toponyme actuel de l’escalier (Casse-Cou »), adopté dans les années 1960, est en fait une traduction de « Breakneck steps », une appellation attribuée par des voyageurs et des guides touristiques de langue anglaise au XIXe siècle.

[4] L’arrivée du chemin de fer dans la capitale en 1879 et l’accroissement de l’offre hôtelière dans les années 1880 et 1890, notamment à la suite de l’édification du Château Frontenac en 1892, contribuent au développement du tourisme de masse à Québec.

[5] L’explorateur et commerçant Louis Jolliet acquiert le site comprenant une petite maison en 1678. Cinq ans plus tard, il fait édifier le bâtiment actuel.

[6] La consultation des annuaires de Québec permet de constater que le bâtiment n’est plus occupé à partir de 1929. La disparition de l’adresse dans l’annuaire en 1937 suggère que l’ancien entrepôt est démoli à cette époque, ce que confirme une photographie réalisée en 1943 et conservée à BAnQ.


Abréviations des centres d’archives

ANOM: Archives nationales d’outre-mer

AVQ: Archives de la Ville de Québec

BAC: Bibliothèque et Archives Canada

BAnQ: Bibliothèque et Archives nationales du Québec


Bibliographie

« 6 rue Petit-Champlain ». Documents historiques numériques. Archives de la Ville de Québec, non daté.

« 10-12 rue Petit-Champlain ». Documents historiques numériques. Archives de la Ville de Québec, non daté.

« 14-16 rue Petit-Champlain ». Documents historiques numériques. Archives de la Ville de Québec, non daté.

« 58, rue Sous-le-Fort ». Documents historiques numériques. Archives de la Ville de Québec, non daté.

« Casse-Cou escalier ». Répertoire des toponymes de la ville de Québec. Ville de Québec. Non daté.

« Petit-Champlain rue». Répertoire des toponymes de la ville de Québec. Ville de Québec. Non daté.

« Montagne côte de la ». Répertoire des toponymes de la ville de Québec. Ville de Québec. Non daté.

«Maison Larchevêque ». Fiche d’un bâtiment patrimonial. Ville de Québec, non daté.

«Maison Louis-Jolliet». Fiche d’un bâtiment patrimonial. Ville de Québec, non daté.

«Maison Pierre-Borneuf». Fiche d’un bâtiment patrimonial. Ville de Québec, non daté.

«Maison Sageot-Hamel». Fiche d’un bâtiment patrimonial. Ville de Québec, non daté.

BONENFANT, Marie-Ève. Les escaliers publics en fer de la ville de Québec : entre fonctionnalité et représentation 1880-1900. Québec, Éditions du Septentrion, 2006, 152 p.,

CÔTÉ, Robert (Groupe de recherches historiques inc.). Place-Royale et Petit-Champlain : le berceau de Québec. Québec, Ville de Québec, 2016, XI-138 p.

LUSSIER, Isabelle. Le funiculaire du Vieux-Québec : 125 ans d’histoire. Québec, Éditions GID, 2004, 127 p.

VALLIÈRES, Marc. « Québec à l’ère des chemins de fer et de l’industrie ». Histoire de Québec et de sa région. Tome II : 1792-1939. Québec, Presses de l’Université Laval, 2008, p. 1095-1196; un sous-chapitre (p. 1192-1196) est consacré à l’émergence du tourisme à Québec à la fin du XIXe siècle.


Articles connexes

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