Le couvent et l’église des Franciscaines (1907)

1907

Vue du couvent et de l'église des Franciscaines au début du XXe siècle depuis la Grande Allée. (Ville de Québec, quartier Saint-Jean-Baptiste - [Vers 1900 -vers 1965], Collection Magella Bureau, P547, S1, SS1, SSS1, D001, P0469R, BANQ)

Vue du couvent et de l’église des Franciscaines au début du XXe siècle depuis la Grande Allée. Un lecteur m’a informé que la photo a été réalisée par la Maison Neurdein lors de son passage à Québec en 1907. (Ville de Québec, quartier Saint-Jean-Baptiste – [Vers 1900 -vers 1965], Collection Magella Bureau, P547, S1, SS1, SSS1, D001, P0469R, BANQ)

 2017

Vue du complexe L'Étoile, 2017 (collection de l'auteur)

Vue du complexe L’Étoile, 2017 (collection de l’auteur)



La congrégation des Franciscaines missionnaires de Marie, fondée en 1877 et vouée à la prière et aux missions[1], s’établit à Québec en 1892[2]. Comme c’est souvent le cas des communautés religieuses naissantes, les Franciscaines logent temporairement dans des bâtiments avant de s’installer définitivement ailleurs : elles séjournent d’abord sur la rue Richelieu puis sur la rue Scott et, enfin, elles acquièrent du gouvernement provincial un lot de forme quasi triangulaire bordant la Grande Allée et la rue de Claire-Fontaine. Ce terrain était l’une des derniers vestiges de la réserve foncière constituée dans les années 1820 par l’armée britannique pour dégager de toute construction l’aire entourant la tour Martello no 3[3]. En septembre 1893, les Franciscaines intègrent leur nouveau couvent.

Détail d'un plan de Québec réalisé en 1871 montrant l'étendue des terrains acquis par l'armée britannique ("ordnance") au XIXe siècle pour les fins de la défense de Québec. Si la plupart du territoire sera loti à des fins résidentielles, quelques lots seront acquis par des institutions (Franciscaines, Hôpital Jeffery Hale).(Plan of the City of Quebec for the Quebec & Levis Directory, 1871, Paul Cousin, BAnQ, fonds non indiqué)

Détail d’un plan de Québec réalisé en 1871 montrant l’étendue des terrains acquis par l’armée britannique (« ordnance ») au XIXe siècle pour les fins de la défense de Québec. Si ces propriétés militaires seront largement fractionnées à des fins résidentielles, quelques lots seront acquis par des institutions  (Franciscaines et Hôpital Jeffery Hale). (Plan of the City of Quebec for the Quebec & Levis Directory, 1871, Paul Cousin, BAnQ, fonds non indiqué)

Photographie du couvent des Franciscaines de la Grande Allée construit en 1893. Tiré de Chantal Gauthier et France Lord, De silence et d'action : les Franciscaines missionnaires de Marie au Canada, 1892-2010. [Montréal], Carte blanche, [2014], p. 26

Photographie du couvent des Franciscaines de la Grande Allée construit en 1893. Tiré de Chantal Gauthier et France Lord, De silence et d’action : les Franciscaines missionnaires de Marie au Canada, 1892-2010. [Montréal], Carte blanche, [2014], p. 26

Dès cette époque, la chapelle intérieure du nouveau couvent est fréquentée par une association de fidèles vouant un culte au Très Saint Sacrement. La popularité du mouvement incite la supérieure des Franciscaines à rechercher du financement pour la construction d’une église jouxtant le couvent. L’architecte Eugène-Étienne Taché (1836-1912) propose un avant-projet peaufiné[4] par ses collègues François-Xavier Berlinguet (1830-1916) et René-Pamphile Lemay (1870-1915), qui prennent en charge la réalisation des travaux. Les plans de Taché prévoient également l’agrandissement du couvent par le prolongement du bâtiment longeant la Grande Allée et la construction de deux ailes latérales devant envelopper l’église.

Dessins d'architecture d'Eugène-Étienne Taché illustrant la forme envisagée initialement par l'architecte pour l'église. et indiquant son emplacement possible, visiblement gêné par le couvent. (« 388 Grande Allée ». Documents historiques numériques. Archives de la Ville de Québec, non daté.)

Dessin d’Eugène-Étienne Taché indiquant les hésitations de l’architecte quant à l’emplacement possible de la future église. L’emplacement du couvent gêne manifestement l’architecte. Notons que les plans de l’église changeront par la suite. (« 388 Grande Allée ». Documents historiques numériques. AVQ, non daté.)

Plan de Taché et adopté par Berlinguet et Lemay pour la construction de l'église et l'agrandissement du couvent. Le plan est daté de 1897. On aperçoit l'aile de la Grande Allée en bas, l'église au milieu et les deux ailes latérales à gauche et droite. (« 388 Grande Allée ». Documents historiques numériques. Archives de la Ville de Québec, non daté.)

Plan de Taché et adopté par Berlinguet et Lemay pour la construction de l’église et l’agrandissement du couvent. Le plan date de 1897. On aperçoit l’aile de la Grande Allée en bas, l’église au milieu et les deux ailes latérales à gauche et droite. (« 388 Grande Allée ». Documents historiques numériques. AVQ, non daté.)

Photographie représentant les travaux de prolongement du couvent en 1898. On aperçoit l'église à l'arrière-plan. Tiré de

Photographie représentant les travaux de prolongement du couvent en 1898. On aperçoit l’église à l’arrière-plan. Tiré de Chantal Gauthier et France Lord, De silence et d’action : les Franciscaines missionnaires de Marie au Canada, 1892-2010. [Montréal], Carte blanche, [2014], p. 32

Le chantier débute en 1896 par l’édification du gros œuvre de l’église, qui est inaugurée deux ans plus tard sans que l’ornementation intérieure ne soit réalisée. Berlinguet et Lemay s’en chargeront entre 1899 et 1901 en donnant au temple un décor caractéristique du style néobaroque. L’agrandissement du couvent s’amorce quant à lui en 1898 par le prolongement de l’aile de la Grande Allée, qui intègre un monumental portique. La décoration intérieure de l’église étant jugée prioritaire par la suite, la construction des deux ailes latérales est reportée puis oubliée. L’ensemble conventuel sera certes agrandi en 1920 et en 1930, mais ces ajouts ne seront pas fidèles aux plans de Taché[5].

Plan de l'ensemble conventuel des Franciscaines en 1910. On aperçoit en brun pâle la forme des ailes qui seront construites en 1920 et en 1930. On doit également déduire de ce plan que les Franciscaines hériteront d'une lisière qui leur permettront de construire une aile en 1930. Le terrain situé à l'ouest des Franciscaines fera l'objet de projets de développement résidentiels. C'est dans ce contexte que l'avenue Turnbull sera prolongée jusqu'à la Grande Allée en 1923. (Insurance plan of the city of Quebec, Canada, Charles. Eward Goad, 1910, BAnQ, Collection Plans de villes et villages du Québec, non coté)

Plan de l’ensemble conventuel des Franciscaines en 1910. On aperçoit en brun pâle la forme des ailes qui seront construites en 1920 et en 1930. On doit déduire de ce plan que les Franciscaines hériteront d’une lisière qui leur permettront de construire l’aile en 1930. Le terrain situé à l’ouest des Franciscaines fera l’objet de projets de développement résidentiel. C’est dans ce contexte que l’avenue Turnbull sera prolongée jusqu’à la Grande Allée en 1923. (Insurance plan of the city of Quebec, Canada, Charles. Eward Goad, 1910, BAnQ, Collection Plans de villes et villages du Québec, non coté)

Vue aérienne de l'ensemble conventuel des Franciscaines vers 1927. On aperçoit l'aile construite en 1920 s'étendant du nord au sud et le nouveau tronçon de l'avenue Turnbull à droite. (Ville de Québec - Grande Allée - Monastère des Franciscaines Missionnaires de Marie - Église Saint-Coeur-de-Marie - Ancien hôpital Jeffery Hale (sur rue St-Cyrille) . - [Vers 1927], Compagnie aérienne franco-canadienne, BAnQ, Fonds Ministère des Terres et Forêts, E21,S110,SS1,SSS1,PK120-1)

Vue aérienne de l’ensemble conventuel des Franciscaines vers 1927. On aperçoit l’aile construite en 1920 s’étendant du nord au sud et le nouveau tronçon de l’avenue Turnbull à droite. (Ville de Québec – Grande Allée – Monastère des Franciscaines Missionnaires de Marie – Église Saint-Coeur-de-Marie – Ancien hôpital Jeffery Hale (sur rue St-Cyrille) . – [Vers 1927], Compagnie aérienne franco-canadienne, BAnQ, Fonds Ministère des Terres et Forêts, E21,S110,SS1,SSS1,PK120-1)

Dans le cadre du réaménagement du secteur de la colline Parlementaire dans les années 1960 et 1970, le terrain situé à l’arrière du couvent et de l’église est largement amputé : il fait place au Grand-Théâtre, au prolongement de la rue Saint-Amable (Jacques-Parizeau) et au Complexe Saint-Amable, construit en bordure de la rue du même nom malgré une importante contestation populaire. En 1982, les Franciscaines expriment le désir de se départir de l’église et du couvent en raison du fardeau financier qu’ils représentent. Mis en vente en 1986, l’ensemble est acquis l’année suivante par la Ville de Québec : le couvent est transformé en résidence pour personnes agées et l’église est cédée à une communauté chrétienne maronite puis abandonnée définitivement en 1990. En 2005, un promoteur acquiert le site afin d’y construire un complexe résidentiel. Tous les bâtiments, excepté l’aile de la Grande Allée, sont démolis en 2008.

Photographie de l'ensemble conventuel des Franciscaines en 1968 alors que le Grand Théâtre est en construction. On aperçoit également à l'aile du couvent édifiée en 1930 à l'angle de la Grande Allée et de l'avenue Turnbull. Cette photographe tranche avec la relative tranquillité qui émane de la vue aérienne précédente. (Vue aérienne de la construction du Grand Théâtre à Québec, Neuville Bazin - 1968, BAnQ, Fonds MCC, E6,S7,SS1,P6810941)

Photographie de l’ensemble conventuel des Franciscaines en 1968 alors que le Grand Théâtre est en construction. On aperçoit également à l’aile du couvent édifiée en 1930 à l’angle de la Grande Allée et de l’avenue Turnbull. On remarque enfin le secteur boisé à l’arrière du couvent. Connu sous le nom de « boisé des Franciscaines », il fera l’objet d’une importante contestation populaire dans les années 1970. C’est à cet emplacement que sera construit le Complexe Saint-Amable. (Vue aérienne de la construction du Grand Théâtre à Québec, Neuville Bazin – 1968, BAnQ, Fonds MCC, E6,S7,SS1,P6810941)

Notes

[1] La congrégation, appelée « Religieuses missionnaires de Marie » à sa fondation, est affiliée en 1882 au Tiers-Ordre franciscain, une association pieuse laïque. C’est en 1885 qu’elle reçoit son appellation actuelle (Franciscaines missionnaires de Marie).

[2] Notons que l’implantation des Franciscaines missionnaires de Québec fut possible en raison de l’échec de leur expérience à Baie-Saint-Paul, qui était la destination première de leur voyage.

[3] Le terrain avait été la propriété, depuis le XVIIe siècle, des Augustines de l’Hôtel-Dieu, qui l’avait cédé par bail emphytéotique à des particuliers en 1790. À l’échéance du bail en 1889, le gouvernement provincial l’a acquis vraisemblablement en vue d’y construire les nouveaux locaux de l’École normale Laval. Un plan réalisé en 1891, affiché ci-dessous, évoque le projet, qui comprenait également le terrain voisin qui fera place à un développement résidentiel.

Plan de 1891 montrant le site envisagé pour la construction de l'École normale Laval. J'ai consacré un article sur le bâtiment qui accueillera finalement l'institution. (Plan of the city of Quebec and environs, Paul Cousin, 1891, BAnQ, fonds non indiqué, G 3454 Q4 1891 C68 CAR

Plan de 1891 montrant le site envisagé pour la construction de l’École normale Laval. J’ai consacré un article sur le bâtiment qui accueillera finalement l’institution. (Plan of the city of Quebec and environs, Paul Cousin, 1891, BAnQ, fonds non indiqué, G 3454 Q4 1891 C68 CAR

[4] Si les architectes Berlinguet et Lemay suivent les grandes lignes du plan de Taché, ils soumettent un projet d’ornementation intérieur bien différent  de celui proposé initialement par leur collègue.

[5] L’aile de 1920 logera le noviciat de la congrégation et celle de 1930 hébergera des dames âgées.


Abréviations des centres d’archives

AVQ: Archives de la Ville de Québec

BAnQ: Bibliothèque et Archives nationales du Québec


Bibliographie

« 388 Grande Allée ». Documents historiques numériques. Archives de la Ville de Québec, non daté.

« 1175 avenue Turnbull ». Documents historiques numériques. Archives de la Ville de Québec, non daté.

«Chapelle des Franciscaines missionnaires de Marie». Fiche d’un bâtiment patrimonial. Ville de Québec, non daté.

«Couvent des Soeurs Franciscaines de Marie». Fiche d’un bâtiment patrimonial. Ville de Québec, non daté.

GAUTHIER, Chantal et France LORD. De silence et d’action : les Franciscaines missionnaires de Marie au Canada, 1892-2010. [Montréal], Carte blanche, [2014], 401 p.

PATRI-ARCH. Patrimoine du quartier Saint-Jean-Baptiste, partie sud : histoire de la forme urbaine. Québec, Ville de Québec/Centre de développement économique et urbain/Design et patrimoine, 1997, VI-198 p.


Articles connexes

Le couvent et la chapelle des Soeurs du Bon-Pasteur (vers 1880)

L’ancien hôpital Jeffery-Hale (1904)

La tour Martello no 4 (1929)

La colline Parlementaire (1971)


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